Pêcher le saumon Atlantique, rêve ou folie ?

Pêcher le saumon Atlantique est-ce un rêve ou une folie ?

Aujourd’hui encore, je me pose la question de l’attirance irrésistible que j’éprouve à l’égard de Salmo salar, le saumon Atlantique. Depuis que mon ami Jean m’a attiré dans ce piège infernal, je suis condamné à poursuivre cette traque savoureuse mais pour beaucoup d’entre-nous, très frustrante. Pourtant, les raisons qui poussent à ne pas le rechercher sont vraiment très nombreuses.

Lorsqu’on le pêche en France, c’est tout d’abord sa rareté qui complique les choses. Sur l’ensemble des rivières françaises où il est encore présent, des populations sont en déclin pour diverses raisons sur lesquelles je ne m’étendrais pas.

C’est également la difficulté à comprendre ses mœurs car ils sont diamétralement opposés à ceux des truites, des ombres ou de tout autre poisson que l’on recherche habituellement lorsque l’on pêche à la mouche en rivière. Même si la technique de pêche ressemble énormément à celle de la noyée pour la truite, il y a également quelques subtilités à maîtriser pour espérer pêcher correctement ce poisson mythique. Sur les grandes rivières comme le Gave d’Oloron, c’est aussi l’utilisation de cannes à deux mains d’une longueur et d’un poids plus important que celles réservées à la pêche des autres poissons d’eaux vives.

Dans ma quête perpétuelle d’apprentissage, j’ai décidé de consacrer un peu de mon temps à la pêche du saumon il y a maintenant quelques années. Si j’ai eu l’occasion de guider de nombreux pêcheurs il y a plus de 20 ans en Irlande, sur les parcours de l’agence parisienne GP Chasse-Pêche et cela pendant plusieurs saisons, mon attirance pour ce poisson mythique restait dans l’ordre du raisonnable. Depuis, ce n’est plus le cas. C’est même devenu maladif et tous les saumonniers que je croisent aujourd’hui ont le même discours, c’est la pire des drogues.

Tout a débuté à Perpignan chez Riera Pêche, un détaillant d’articles de pêche avec qui j’ai toujours eu une étroite collaboration. J’y croisais régulièrement Jean Roig, un Catalan de souche avec lequel nous avions des affinités. À chacune de nos rencontres, il me parlait du Gave d’Oloron, de sa richesse halieutique, de sa beauté et bien sûr, de Salmo salar, le saumon Atlantique. En 2014, j’ai enfin succombé et je l’ai suivi dans le Béarn… Depuis ce jour, nous sommes devenus amis et complices de pêche. Il est aussi mon mentor car j’ai forcément été attiré par l’aura qu’il dégage. C’est un puits de science. Après plus de 40 années de pêche sur le Gave, son aptitude naturelle à sympathiser, sa réflexion tactique permanente et sa capacité à percevoir et analyser des indices imperceptibles au commun des mortels font de lui un pêcheur hors normes doublé d’un sage. À 70 ans largement dépassés, il est également un acharné que rien n’arrête. Grâce à lui ou devrais-je dire, à cause de lui, je suis maintenant pris au piège. Je n’ai pourtant aucun regret car j’ai tant appris depuis. Techniquement tout d’abord.

L’expertise de Jean, ses observations multiples doublées d’un talent certain pour le montage de mouches lui ont permis d’élaborer des modèles redoutables d’efficacité et parfaitement adaptés aux niveaux d’eau très fluctuants qui modifient la pêche très rapidement.

C’est dans doute son expérience de pêche en mer mais également celle la pêche de la truite qui l’ont aidé à acquérir cette formidable expertise pour la pêche du saumon. Ceci étant dit, j’en reviens au sujet principal, cette attirance irrésistible pour le poisson roi.

Ce qui parait incroyable au premier abord, c’est qu’après quelques sorties, la plupart des pêcheurs devraient abandonner. Il faut en effet une volonté à toute épreuve pour persévérer dans cette quête. Pour certains cela se traduit par plusieurs saisons sans touches. À ce niveau là, ça ressemble plus à de la folie plutôt qu’à de la passion. Serait-ce la rareté des captures ou l’énergie dépensée à lancer avec une canne à deux mains qui demande bien plus d’efforts physiques qu’une 9 ou 10 pieds à une main ? Où au contraire, cette tirée, souvent brutale et très caractéristique, qui fait exploser notre taux d’adrénaline et notre cerveau au moment où elle se produit ? Peut-être les deux. Où alors, est-ce la difficulté à comprendre les mœurs de ce grand migrateur ? Sa manière de passer inaperçu la plupart du temps, ne laissant que très peu d’indices visibles ? Ses évolutions nous paraissant aléatoires et ses tenues variées en fonction de la vitesse de sa progression vers l’amont et dépendante des niveaux d’eau ? C’est très certainement l’ensemble de ces différents facteurs qui me poussent personnellement et irrésistiblement à le traquer de pool en pool.

Un petit saumon du gave d’oloron.

Même si le hasard et la chance sont des éléments décisifs comme dans toutes les techniques de pêche, c’est la connaissance des attitudes de ce poisson qui font la différence, faut-il les comprendre.

À l’opposé de la plupart des poissons d’eau douce, le saumon ne s’alimente plus lorsqu’il pénètre dans sa rivière natale et après son séjour dans l’océan. Plus besoin donc d’être attentif à ce qu’il peut émerger ou tomber dans l’eau. L’attaque fait suite à un réflexe d’agressivité. Salmo salar n’aime pas vraiment la présence d’intrus sur son territoire. Pourtant dans certaines conditions, il pourra rester totalement insensible à la ribambelle de mouches lui passant devant le nez tout au long de la journée et dans bouger d’un iotas. Il saura parfois se montrer en surface au passage de l’une d’entre elles sans pour autant s’en saisir. Frustration garantie… Au contraire, alors qu’il progresse vers ses frayères, il attaquera la première mouche pénétrant dans son cône de vision. Une chance inespérée, faut-il pour cela pêcher les postes où son agressivité est poussée à son paroxysme.

Connaitre son adversaire

C’est là qu’intervient la connaissance de la rivière et des mœurs de ce poisson. Le saumon Atlantique à des zones de prédilection pour franchir les obstacles mais également des secteurs sur lesquels il peut se reposer pendant sa longue migration. C’est là que ça se complique lorsque l’on a la culture de la pêche de la truite car les postes sont très différents entre ces deux espèces. Le saumon ne recherche pas une zone où la nourriture est abondante. Il affectionne plutôt les secteurs de « confort » pour lui. Sa puissance de nage lui permet pourtant de se maintenir très facilement au milieu de courants où aucun autre poisson n’oserait s’aventurer. Cependant, les efforts consentis pour franchir certains obstacles l’obligent à faire des pauses plus ou moins longues. Recherchant une grande oxygénation, il utilise la vitesse du courant pour s’y maintenir en consommant le minimum d’énergie. Sur une queue de pool ou un petit reposoir et à la suite du franchissement d’un rapide. Dans un pool, devant, derrière ou contre un obstacle pour souffler ou en attendant une nouvelle opportunité pour poursuivre sa montaison. En tête de pool lorsqu’il perçoit qu’il peut à nouveau progresser vers l’amont. Ainsi, d’une année sur l’autre, si toutefois le lit de la rivière ne s’est pas modifié à la suite de fortes crues, les saumons se tiendront exactement aux mêmes endroits que leurs parents quelques années auparavant. C’est donc la connaissance de ces postes précis qui permettra d’augmenter les chances de réussite pour un pêcheur.

J’ai encore beaucoup à apprendre et à découvrir et je m’en réjouis. Ce merveilleux adversaire m’oblige à repousser mes limites à chaque fois. Au-delà de l’amitié, du partage, de la beauté enchanteresse des bords du Gave, c’est très certainement ce désir de découverte et d’apprentissage qui me poussent inexorablement à poursuivre cet extraordinaire fuseau d’argent. On dit que ce qui est rare est précieux. C’est une maxime qui convient parfaitement au saumon Atlantique. Et tant que j’en aurait la chance et la force, je vais poursuivre cette quête passionnante en espérant toutefois qu’un jour, nos instances politiques perçoivent qu’il est grand temps d’assurer la sauvegarde et la pérennité de ce merveilleux poisson migrateur, roi de la rivière, joyau naturel de notre patrimoine national, le poisson roi.

Hervé THOMAS

Quelques bonnes adresses :

Le Poisson Roy à Navarrenx

Aspe-Angler à Aren

Un livre utile :

les meilleurs pools pour la pêche à la mouche du Gave d’Oloron.

 

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