Éphémère, vous avez-dit éphémère ?

Toutes les semaines, je vois passer des publications qui présentent un éphémère. Dès que cette photo apparait sur la toile, aussitôt les commentaires vont bon train et chacun y va de son identification personnelle. Mais qu’en est-il exactement ?

Si il y a quelques mois en arrière, j’étais assez affirmatif en observant une photo d’éphémère, je le suis beaucoup moins aujourd’hui. En rédigeant le deuxième tome de « Mes carnets de pêche à la mouche » et plus particulièrement la section qui présente les 16 familles d’éphémères que l’on trouve en France, j’ai souhaité m’appuyer sur l’avis et les conseils d’un scientifique.

Éphémère, vous avez-dit éphémère ?

Tant qu’à faire, autant s’adresser à un expert et passionné en la personne de Michel BRULIN, chargé de l’inventaire des éphémères de France.

Après lui avoir envoyé les textes que j’avais écris, les prélèvements effectués dans les règles de l’art et destinés à identifier de manière formelle certains individus, je me suis rendu que notre vision de pêcheur était beaucoup trop simpliste.

A vrai dire, ce fût même une énorme déception. Moi qui pendant plusieurs semaines avait parcouru les rivières de l’hexagone, passant des heures entières à courir au bord de l’eau avec mon filet à papillon au risque d’être pris pour un débile tout en bataillant pour capturer la seule bestiole émergeant ce jour là. Puis, réalisant des milliers de photos en prenant garde de ne pas abimer ces merveilles fragiles. Ces dernières pour certaines, peu disposées à se laisser prendre en photo.

Il m’a fallut ensuite, à chaque fois et à contre cœur, introduire deux ou trois spécimens dans des tubes à essai et les tuer à l’aide d’une solution alcoolique pour les conserver jusqu’à leur identification, ce sacrifice contribuant malgré tout à enrichir l’inventaire en cours. Après avoir numéroté les tubes, précisé le lieu et la date de capture, ces prélèvements ont été expédiés. Quelle ne fût pas ma surprise en retour. Mes suppositions pourtant basées sur une documentation riche furent balayées d’un seul coup par la rigueur scientifique et le passage sous la loupe binoculaire et l’œil implacable de l’expert. Les certitudes devenant des présomptions et très rarement des affirmations. Mince pour ne pas dire M…. alors !

En fait, en creusant un peu plus le sujet, je me suis vite rendu compte que lorsque l’on identifie un éphémère en tant que pêcheur, c’est extrêmement hasardeux. Selon les rivières, les régions, les vallées, il y a des différences entre les individus de la même espèce. Parfois à quelques kilomètres seulement, le même insecte peut avoir un aspect physique légèrement différent. C’est suffisant pour ne pas permettre une identification certaine, même pour un véritable scientifique.

Durant les nombreux échanges que j’ai pu avoir avec Michel BRULIN, j’ai constaté qu’il employait très souvent l’expression « faux amis ». Ce terme voulant dire qu’au delà d’une espèce particulière, à l’intérieur même de certains genres et même de certaines familles, des espèces peuvent être très voisines visuellement. C’est même pire pour certaines larves-nymphes comme celles d’heptagenidés qui sont pratiquement impossibles à différencier, même pour un scientifique équipé d’un matériel spécifique.

Vous pouvez donc vous rendre compte que nous sommes très loin de l’identification faite d’après une photo.

Il est certain, tout du moins pour nous pêcheurs, que quelques espèces ont des caractéristiques générales qui permettent de supposer qu’il est facile de les identifier mais ce n’est pas le cas des scientifiques. C’est donc beaucoup plus compliqué qu’il n’y parait.

Il est vrai que l’on peut avoir un peu moins de chance de se tromper lorsque l’on a affaire à Ephemera danica, Ephemera vulgata, Electrogena lateralis, Ephoron virgo ou Oligoneuriella rhenana qui présentent des caractéristiques très distinctives.

Subimago – Electrogena lateralis

 

Par contre, pour une très grande majorité d’éphémères, c’est absolument impossible d’identifier formellement une espèce mis à part sous une loupe binoculaire et avec les connaissances appropriées.

Dans la plupart des cas, il sera bien plus raisonnable de se contenter de donner le nom du genre plutôt que d’affirmer tel ou tel nom d’espèce lors d’une identification. Chez les heptagénidés par exemple, on dénombre déjà 40 espèces entre deux genres, Ecdyonurus et Rhitrogena. Un vrai casse-tête !

C’est la même chose avec les Bætidés et leurs 9 genres différents. Le genre Bætis regroupant déjà à lui seul 15 espèces.

Identification « pêche »

L’identification est donc très complexe même si comme je l’ai dit précédemment, certaines espèces possèdent des caractéristiques suffisamment distinctives pour avoir moins de chance de se tromper. Pour être certain de ne pas dire de bêtises, il vaudra donc mieux s’abstenir ou employer une dénomination propre aux pêcheurs à la mouche et regroupant plusieurs espèces. Je pense notamment à March brown qui englobe toutes les espèces d’éphémères marron et de grande taille qui émergent au mois de mars.

March brown

Dans la pratique, aussi bien pour un débutant que pour un pêcheur confirmé, l’identification de la taille et la couleur générale seront amplement suffisantes pour nouer une mouche artificielle efficace.  Bien évidemment, le ou les stades d’évolution de l’insecte présent seront déterminants.

imago d’heptagenidé

Une chose reste  certaine, une meilleure connaissance des insectes peut être, sans aucun doute, un atout précieux . Et qui plus est, la culture de l’esprit n’a jamais tué personne. Alors pourquoi s’en priver.

 

Pour terminer, je vais rajouter que si l’on veut éviter les erreurs, les pêcheurs à la mouche devraient dire émergence au lieu d’éclosion. L’éclosion étant le stade pendant lequel l’animal sort de son œuf.

UN éphémère au lieu d’une.

UNE subimago au lieu d’un.

Mais UN imago.

Hervé THOMAS


 

Ordre des Éphéméroptères

En France, on dénombre 16 familles comprenant au total 40 genres dont voici quelques détails.

Famille des Éphémèrellidés

Trois genres :

Ephemerella

Serratella

Torleya


Famille des Éphémèridés

1 Genre : Ephemera et 4 espèces

 – Ephemera danica

– Ephemera vulgata

– Ephemera glaucops

– Ephemera lineata


Famille des Heptagenidés

7 genres et 52 espèces

– Dacnogenia

– Ecdyonurus

– Electrogena

– Epeorus

– Heptagenia

– Kageronia

– Rhithrogena

– Ecdyonurus

 

 


Famille des Bætidés

9 genres

 

– Acentrella

– Alainites

– Bætis

– Centroptilum

– Clœon

– Labiobætis

– Nigrobætis

– Proclœon

– Bætopus


Famille des Leptophlebidés

16 espèces sont recensées en France


Famille des Potamanthidés

1 seul Genre en France


Famille des Polymitarcyidés


Famille des Cænidés

13 espèces recensées en France regroupées en 3 Genres :

– Brachycercus

– Cercobrachys

– Cænis


Famille des Siphlonuridés


Famille des Oligoneuridés

Oligoneuriella rhenana


Famille des Arthropleidés

1 seule espèce en France


Famille des Isonychidés

1 seule espèce en France


Famille des Ameletidés

2 espèces recensées en France

 


Famille des Prosopistomatidés

1 seule espèce en France


Famille des Ametropodidés

1 seule espèce en France


Famille des Neœphemeridés

1 seule espèce en France


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