Lobby pêche mouche

Comment le lobby pêche à la mouche

Lorsque je lis la devise d’Hyrauxois et qui est la suivante : « Ensemble, protéger le patrimoine et développer l’énergie hydraulique dans notre pays d’Auxois-Morvan »,  je comprends tout à fait  les raisons et les objectifs de son  dernier post qui met en cause les pêcheurs à la mouche.

http://www.hydrauxois.org/2016/12/touques-comment-le-lobby-de-la-peche-la.html

Il me parait bien évident que lorsque l’on est producteur d’hydroélectricité, on digère mal l’intervention d’associations qui militent pour la restauration de la continuité écologique, le développement du tourisme pêche et qui œuvrent pour faire supprimer ou abaisser certains ouvrages d’art néfastes aux cours d’eau et à leurs habitants.

Je ne vais donc pas m’éterniser sur cet article à sens unique. Toutefois,  j’ai envie d’y apporter tout de même mon petit grain de sel en reprenant une partie de son texte.

S’il est vrai que l’Association PARAGES n’a pas réussi  à atteindre tous les objectifs qu’elle s’était fixé, elle a tout de même engagé des procédures dont les effets sont aujourd’hui réellement bénéfiques pour la Touque et ses habitants naturels. Les comptages démontrent bien que la suppression d’obstacles et la réalisation de passes à poissons ont eu un impact direct sur le nombre de poissons migrateurs présents sur ce cours d’eau et c’était l’un des objectifs principaux !

D’ailleurs, Monsieur Hydrauxois le reconnait en l’écrivant :

Un succès pour la remontée de truites de mer…
L’évolution des remontées de truites de mer à la station vidéo de la passe à poissons de Breuil-en-Auge montre que le nombre de poissons y a été multiplié par quatre à cinq entre 2001 et 2014 (effectif des dernières années entre 5000 et 7000), celui des saumons ayant connu une évolution similaire, mais sur une population beaucoup plus faible (entre 30 et 70 relevages ces dernières années).

Il y a donc un résultat incontestable, et au demeurant prévisible : quand on détruit les ouvrages ou quand on les dote de dispositifs de franchissement, cela favorise le passage des poissons migrateurs remontant vers l’amont.

Il précise aussi que :

« Pour les dépenses engagées et le patrimoine détruit, on a donc gagné en 30 ans quelques milliers de poissons de deux espèces migratrices. »

Mais quel patrimoine ?  Des retenues destinées à produire de l’électricité au bénéfice de particuliers ou de sociétés ? Je trouve cela plutôt positif pour la vallée et pour la nature !

« … avec un état chimique et écologique toujours dégradé »

Il me parait évident que supprimer un ou plusieurs obstacles artificiels ne peut pas corriger les pollutions qui touchent une rivière même si je suis tout de même convaincu que l’éradication de l’amas de dépôts accumulés par certains ouvrages est certainement une très bonne chose pour le milieu aquatique.

Vous parlez de mauvais état chimique de la rivière, dégradée par les HAP et qui ne sont en fait que des résidus de combustion de bois, de charbon ou de pétrole. Certes, ils sont  nocifs mais très certainement beaucoup moins que les pesticides, nitrates et métaux lourds qui trainent dans nos cours d’eau. Ce qui est sûr, c’est que le traitement de ces déchets, s’il était entrepris, coûterais bien plus que 4 millions d’euros.

« Une catastrophe de gestion: revenus dix fois moindres qu’escomptés, association en liquidation, riverains insatisfaits »

Certes, le potentiel  du tourisme pêche a très certainement surévalué par l’association PARAGES et qui n’a très certainement pas assez pris en compte les demandes des autres usagers de la rivière mais c’est bien les deux seules critiques que l’on puisse émettre à l’encontre de cette association.

« Des pêcheurs locaux exclus par une « aristocratie » de la pêche« La création des parcours spécifiques exclut les pêcheurs locaux qui pratiquent peu la pêche sportive. Ces derniers se sont vus privés de l’accès à un certain nombre de berges (parcours spécifiques, pépinières) pourtant fortement appréciées et fréquentées jusque-là. Ils se sont sentis d’autant plus dépossédés de leur rivière que la pêche à la mouche, requérant beaucoup de temps de loisir, de technicité et un équipement coûteux, est considérée comme un ‘loisir haut de gamme […] assurant une différenciation sociale marquée’ (Bonnieux, 1993). Ils ont alors protesté en organisant des manifestations contre une pêche réservée aux riches « horsains » et dénoncé une privatisation de la Touques. Ces réactions témoignent du manque de concertation qui a présidé à la gestion de la rivière. »

Depuis 1993 et même bien avant, la pêche à la mouche, considérée comme aristocratique c’est complètement démocratisée. Il est absolument faux de dire aujourd’hui qu’elle coûte beaucoup plus cher que les autres techniques. Il est bien évident que si l’on décide d’aller à la pêche avec un morceau de noisetier, un bouchon de liège et un ver de terre, le budget de la pêche à la mouche est prohibitif. Je pense sincèrement qu’elle se situe toutefois dans un niveau médian en terme de coût par rapport aux autres techniques de pêche et qu’elle n’assure certainement pas une différenciation sociale marquée.  A moins que lorsque je vais au bord de l’eau, je ne me trouve la plupart du temps  sur la berge opposée où les moucheurs garent leurs Porche et Ferrari !

Pour terminer, j’aimerais bien qu’un « Lobby » pêche existe dans notre pays. Il permettrait peut-être de sauver certains cours d’eau en train de crever littéralement sous les diverses atteintes humaines. Et ne vous en déplaise, je revendique mes statuts de pêcheur à la mouche et  fervent défenseur de la nature. Et, si vous veniez à me demander demain de cesser de pratiquer ce loisir et ma passion pour protéger une rivière ou n’importe quel animal en  danger pour les sauver, je le ferais. Je doute que volontairement, vous feriez la même chose en supprimant une micro-centrale …

Alors avant de critiquer les pêcheurs à la mouche, Messieurs les hydroélectriciens, continuez à remplir votre carte de la honte.

carte-honte

Personnellement, j’espère qu’elle se va encore se remplir de nombreux barrages (votre patrimoine) qui ont détruits en partie notre patrimoine. Le seul qui vaille la peine que l’on se batte pour lui, le patrimoine naturel !

Hervé THOMAS

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