A la découverte de la Zygène

L’observation est un élément essentiel pour un pêcheur à la mouche.  Elle permet souvent de découvrir un indice capital qui peut conditionner le résultat de notre sortie. Parfois, cela devient même essentiel. Pour vous en convaincre, voici un récit de Fabiann qui a su exploiter pleinement ses observations lors de ses parties de pêche dans les lacs de montagne des Pyrénées.

À la découverte de la Zygène

C’était la fin de l’été, au moment où l’on approche la fin de la période de pêche, je pensais alors à ma saison de pêche à la mouche en lacs de haute montagne, et lorsque l’on parle de haute montagne, c’est au dessus de 1500 mètres d’altitude. 

En ce mois d’août 2006, alors qu’il ne restait que quelques jours de pêche avant que l’automne ne fasse réellement sentir son arrivée sur les montagnes. Je visionnais dans ma tête quelques unes de mes plus belles sorties. Le vent, la pluie, les orages, la grêle même, n’avaient pu stopper mon enthousiasme de retrouver ces rives sauvages, ces étendues d’eaux posées au flanc des montagnes comme des joyaux au cou d’une déesse, en fait ce n’était pas une déesse mais plutôt la jolie Pyrène.

Pyrénées-lac-montagne

 

Premier contact

Une sortie en particulier conservait une impression d’inachevé dans mon esprit, comme la perception d’une nouvelle piste, mais aussi un sentiment d’échec, une perplexité déconcertante en repensant à cette journée. Je m’étais levé très tôt ce jour là car je savais que la route était longue, une heure trente à deux heures selon la météo, en montagne il faut toujours être extrêmement vigilant. La route serpentait au fond d’une longue vallée avant de tourner pour attaquer le col. C’était une montée longue et sinueuse, tantôt sous le couvert des arbres, mélange de feuillus et de résineux, tantôt au milieu de paysages lunaires, avec des rochers gris et noirs, bordant un abîme grandissant.

Lorsque je passais la frontière espagnole, c’était encore nuit noire, et à chaque virage la surprise possible d’un lièvre, d’un renard ou d’un chevreuil bondissant dans les phares. Après une longue descente dans les forêts par une route plus large mais toujours sinueuse, j’arrivais dans une grosse bourgade espagnole. Les gens dormaient et les commerces étaient fermés, peut être dans une heure les boulangeries commenceraient à sortir leurs pains du four, c’était encore beaucoup trop tôt pour un croissant frais… Après cette bourgade, la route remontait à nouveau, cette fois du côté espagnol, se dirigeant vers la France. Une route longue et de plus en plus étroite et devenant très pentue vers les sommets des crêtes avoisinantes.

Finalement arrivé bien avant l’aube dans la fraîcheur du matin, je contrôlais la préparation du sac à dos avec tout le matériel de pêche, les chaussures de randonnées aux pieds et les bâtons dans les mains, je m’avançais dans la nuit noire avec l’assistance d’une lampe frontale.

Après un long chemin et plusieurs lacets sinueux, un long passage sur un plateau me permettait de discerner, dans l’ombre et grâce à la lumière de la frontale, les yeux brillants d’isards en groupe pas très loin de mon passage. À ce moment là, la première épreuve était le passage d’un col assez élevé, avec une ascension longue mais sinueuse, et qui laisse le temps de progresser sans trop d’efforts. Puis ensuite, une descente encore plus longue vers une vallée espagnole et une autre remontée vers la frontière française cette fois. C’est en atteignant la crête frontière que l’on réalise le chemin parcouru depuis la voiture. Une crête très élevée donnant une vue panoramique à 360 degrés entre la France et l’Espagne. Une position unique pour voir les montagnes à perte de vue. C’est à cet endroit que j’avais trouvé quelques années auparavant, un accès discret par une cheminée assez dangereuse pour ne tenter seulement que quelques rares randonneurs. Cette cheminée menant juste au dessus du lac que je convoitais. 

Imaginez un instant, depuis la France pour atteindre ce lac, c’est une randonnée de 6 heures minimum pour un bon marcheur. Et en passant par mon parcours secret, j’arrivais au lac tant convoité en juste 2 heures et 15 minutes. Cette différence me permettant d’organiser des sorties d’une journée aisément alors que la route française oblige le bivouac pour une nuit au minimum.

Arrivé sur la berge du lac

J’arrivais finalement au bord du lac alors que le ciel commençait à s’illuminer doucement, et que les étoiles disparaissaient. J’avais déjà depuis la crête mon esprit en ébullition, déroulant dans ma tête le scénario de la préparation, mes yeux regardant la surface du lac pour détecter une quelconque activité. Mon cerveau bouillonnait par anticipation d’une journée magique… ou pas. Je savais très bien que ce lac particulier était peuplé uniquement de truites fario d’une souche sauvage autochtone, ce qui rendait l’expédition encore plus excitante.

Ce jour là, le vent était de la partie, de longues rides se déroulaient sur la surface du lac, des vaguelettes créant constamment un mouvement de surface. Ces conditions étaient souvent un bon signe pour la pêche à la mouche car la surface de l’eau troublée et instable, diminue la vigilance des poissons, simplement en brouillant leur vision de ce qui se passe en surface. Mais la météo, souvent imprévisible en montagne, commençait déjà à changer. À ce moment particulier juste avant l’aurore, alors que la nuit et les étoiles disparaissaient doucement, je pouvais apercevoir des nuages qui montaient de la vallée en direction de la France. À cette altitude, brouillard et nuages ne font qu’un.

J’arrivais sur les rives de ce lac d’altitude unique qui est pour toujours un lieu sauvage exceptionnel dans ma mémoire. Je déballais mon matériel, je me trouvais un endroit pour laisser mon sac, mes affaires, un lieu où je reviendrais plus tard pour casser la croûte. À ce moment, l’excitation était à son paroxysme. La surface de l’eau était agitée et déjà, de nombreuses chasses violentes en surface laissaient présager d’une journée exceptionnelle. Les belles fario étaient de sortie et quelques poissons exceptionnels me donnaient un véritable spectacle de si bonne heure le matin.

Premiers indices

Alors que je commençais à préparer mon matériel, je remarquais d’étranges insectes agglutinés sur les rives. Cela ressemblait à des papillons, assez sombres, noirs même. La plupart d’entre eux étaient déjà juste l’ombre d’eux même, plutôt des cadavres à la dérive, au lieu de beaux papillons virevoltants. Les truites se gavaient de ces amas sur les rives, je voyais clairement leurs attaques sur ces papillons défunts. Je regardais autour mais je ne parvenais pas à apercevoir un seul de ces papillons à l’état imago. Tous ceux que je voyais étaient déjà morts et passablement dégradés. Difficile dans ces conditions de pouvoir se faire une opinion et de voir clairement l’insecte.

Alors que j’essayais différentes imitations, j’eus quelques succès successif avec un gros sedge noir avec un corps rouge, un montage que j’avais fait quelques jours auparavant et à utiliser lorsque les eaux sont agitées et troublées. Un bon ami de longue date m’ayant toujours rappelé que lorsque les truites dédaignent les mouches de plus en plus petites, c’est peut être juste parce qu’elles veulent une bonne grosse bouchée… et ayant pris ses mots à la lettre, j’avais eu l’idée de monter un gros sedge sur hameçon de 10 ou 12, avec un corps en phoque rouge, une queue en chevreuil noir, et une aile également en chevreuil noir, bien épaisse. Et contre toute attente, cette mouche là m’avait surpris bien souvent à mon grand étonnement. Je l’avais également utilisée en plein brouillard pour découvrir que la légende “temps de brouillard veut dire bredouille..”, était certainement infondée, car les attaques de truites sur un lac couvert de brouillard avec ce sedge sont toujours gravées dans mon esprit tellement la soie était tirée avec vigueur par des truites affamées…

Durant la journée, grâce à mon sedge noir et rouge, j’eus quelques succès intéressants. Et après avoir fait plusieurs fois le tour du lac tout en pêchant, je trouvais finalement l’insecte qui aveuglait totalement ces truites. Il s’agissait d’une sorte de papillon noir et rouge, avec des ailes noires bleutées et des tâches rouges. Un bon gros papillon bien charnu. Je commençais à comprendre pourquoi les truites étaient tellement obnubilées après la découverte de ces superbes lépidoptères. Il y avait très peu d’exemplaires de ce papillon que je découvrais à peine. J’eus l’impression que j’arrivais après l’éclosion, un peu tard après la grosse fête en fait… 

Zygène

Ce n’était cependant que partie remise tant j’étais intéressé par ce phénomène que m’offrait la nature. Il me fallait trouver la période précise de la métamorphose de ce papillon. Après quelques recherches, je découvrais que ce surprenant papillon s’appelait une Zygène, un nom plutôt vernaculaire. En fait, plus précisément et scientifiquement, j’étais en présence de Zygaena exulans.

Comme nous étions au mois d’août 2006 et que c’était visiblement la fin de la présence de cet insecte , j’étais contraint d’attendre l’année suivante pour en découvrir un peu plus sur lui. Une année de patience à rechercher des informations sur ce papillon si particulier. Certainement mes premiers pas dans l’entomologie. Je découvrais alors que c’était un papillon aposématique, car il se signale par ses couleurs comme toxique aux prédateurs comme les oiseaux et les lézards. En cas d’attaque, il émet un liquide contenant du cyanure.

Cet aspect me fascinait. Le corps de ces zygènes contenait du cyanure et des prédateurs comme les oiseaux ou les lézards ne les touchaient pas, alertés par la couleur rouge synonyme de danger. Et pourtant, les belles truites fario ne faisaient pas la fine bouche, bien au contraire et le cyanure ne les incommodait pas du tout.

L’année s’écoula doucement et je pensais à ce papillon fascinant. Je me mis en quête de rechercher d’autres éléments sur cette espèce précise, la “Zygène des sommets” comme l’apparence de sa chenille ainsi que celle du papillon adulte. S’il me fallais trouver la période approximative de la métamorphose, je devais également être prêt à toute éventualité en ayant une imitation de la chenille, mais également une du papillon adulte.

Quelle recherche intéressante ! J’étais complément en transe en lisant des articles sur le sujet, et cependant ma quête restait toujours la pêche à la mouche d’un poisson fascinant comme la truite fario (Salmo trutta).

Finalement l’ouverture des lacs d’altitude en montagne approchait. Cela se passe habituellement le dernier week-end du mois de Mai ou bien le premier week-end du mois de Juin. Cette ouverture est souvent liée à la fonte des glaces sur les lacs d’altitude, et cette fonte peut varier d’une année sur l’autre. Je me tenais prêt et je fis quelques sorties début juin 2007, sans rien remarquer de particulier.

Je décidais alors de venir sur ce lac chaque week-end, estimant que j’aurais ainsi plus de chance d’être présent au moment de la métamorphose. Et c’est ainsi que fin Juin 2007, je découvrais les chenilles de Zygaena exulans disséminées partout sur la végétation très rase au milieu de quelques rares rhododendrons. Il y en avait une quantité phénoménale, certainement une preuve d’un biotope idéal pour ce papillon d’altitude.

Zygène-chenille

Mon excitation était alors a son comble, car je sentais que je ne pouvais pas manquer la période de la métamorphose. Je regardais attentivement les photographies prises précédemment sur des sujets tardifs, essayant de préparer une imitation au plus proche de ce papillon. Bien sûr, j’avais mon gros sedge noir et rouge qui avait déjà bien fonctionné, mais je souhaitais réaliser un montage un peu plus proche et réaliste de ce papillon.

Je décidais de monter une imitation sur hameçon de 12 (Tiemco TMC 100) avec un sous corps fait en fil noir, puis une chenille noire fine pour faire le corps, et un second passage avec une micro chenille jaune clair en la passant entre les tours de chenille noire, et en l’enfonçant légèrement pour que la couleur s’estompe dans le noir, mais procure néanmoins les légères stries jaunâtres donnant cet effet “annelé” au corps du papillon.

La sous aile était faite avec un cul-de-canard noir bien touffu pour procurer une bonne flottaison mais pas trop car ces papillons lourds une fois tombés sur l’eau, ont une tendance à pénétrer le film de surface facilement et à s’y maintenir comme une émergente.

Imitation de Zygène

Les ailes étaient faites avec des plumes de pintade teintées en rouge, donc les points blancs étaient devenus rouge grâce à la teinture. Je prenais la peine de vernir le dessous des ailes avant de faire une découpe au ciseau pour imiter la forme des ailes de Zygène au plus proche. Puis je terminais la mouche avec une tête faite en fil noir avec deux antennes en poil de chevreuil teinté noir.

Au final j’obtenais une mouche plutôt réaliste avec des proportions correctes, mais cependant une mouche assez “grosse”. Il faudrait sûrement pêcher avec une pointe solide en 16/100, voire 18/100. Il était hors de question de pêcher par temps clair sur une surface limpide et comme un miroir mais plutôt avoir la chance de bénéficier d’une météo chargée,  avec du vent certainement. Les conditions idéales qui fournissent souvent une nourriture additionnelle et exogène aux truites fario lacustres.

Lorsque l’on pêche à la mouche, les deux premiers atouts indispensables sont l’observation et la présentation. En basant votre pêche sur ces deux valeurs essentielles, vous vous assurerez un pourcentage de succès beaucoup plus élevé. Bien entendu tout le reste compte, la préparation du matériel, la technique de lancer, de poser etc… Mais toute cette maîtrise sans observation ni présentation, sera probablement et inévitablement vouée à l’échec.

En lac d’altitude, les truites sont très opportunistes peut être encore plus qu’en rivière. Sur cette dernière, les poissons ont des habitudes facilement identifiables, des circuits et des postes faciles à lire pour un pêcheur expérimenté. 

Un lac, c’est une toute autre approche, il peut y avoir des courants ou très peu, il peut y avoir des arrivées d’eau ou pratiquement aucune, il peut y avoir des arbres ou bien au contraire une végétation rase et éparse. Les poissons suivent souvent les effets météorologiques. Les brusques changements sont favorables car ils créent des affluences d’insectes, le vent notamment est votre meilleur allié. En effet, beaucoup d’insectes terrestres comme les petits scarabées, les fourmis, les coccinelles, les sialis seront poussés par le vent ou bien tomberont de la végétation rivulaire. Et lors de journées ventées, prenez le temps d’observer les bordures car il y a de grandes chances que les plus beaux poissons se tiennent près du bord, prêts a s’animer au moindre signe d’un insecte terrestre tombant de la rive sur l’eau. Avec le temps passé au bord de l’eau et la multiplication des sorties, les bredouilles s’espacent et une certaine acuité, un certain instinct se développe pour qui s’en donne la peine. 

Un grand jour

Je remontais toujours cette longue route vers cet étang d’altitude, avec l’espoir soudé à l’âme, plusieurs fois durant le mois de Juin, puis le mois de Juillet, pour finalement parvenir fin Juillet sur le site au meilleur moment, en plein milieu de la période de métamorphose. Je ne pourrais pas dire à quoi ressemblait la chrysalide, ni même où la métamorphose se produisait, il est parfois préférable de laisser à la Nature certains de ses secrets, par pudeur peut être, mais surtout par respect. J’étais simplement trop fasciné et exultant pour attribuer une quelconque attention en dehors de tous ces papillons disséminés partout sur les rhododendrons mais également la pelouse d’altitude et la végétation basse. C’était hallucinant, il y en avait partout, des dizaines, des centaines, sûrement des milliers !

Ce jour la, fin Juillet 2007, j’avais choisi un vendredi pour être plus tranquille et éviter la circulation routière du week-end, la montagne était vide. Elle était encore déserte de ses cohortes de randonneurs du week-end qui, malgré l’altitude et le caractère austère de ces montagnes, étaient attirés par la crête frontalière. La météo était exactement celle que j’avais tant espérée, une météo que j’appelais “fantasque”., une période de quelques heures pendant laquelle la montagne vous offre un spectacle sons et lumières permanent. Vent soufflant à grande vitesse, rafales de vent à décorner un bœuf, brusque changement de direction, et du contenu tombant des nuages furieux, tantôt gris, voire noirs, puis virant au blanc éclatant, parfois au rouge. Des averses de pluies, puis de fine neige voire de grésils ou de petits grêlons. C’était une ambiance apocalyptique avec des ouvertures ensoleillées, comme si les dieux écartaient les nuages pour voir si tout allait bien avant de tirer le rideau à nouveau et laisser la météo reprendre le contrôle.

Lac-des-Pyénées

Je préparais alors ma canne fébrilement. Je m’assurais de bien cirer les embouts, je montais mon moulinet, préparais ma ligne et finalement après avoir monté une pointe en 18/100, j’ouvrais l’une des boîtes à mouches. Celle où j’avais méticuleusement et fièrement rangé mes nouveaux montages, mes belles Zygaena…

Je montais l’une des imitations, et avec une certaine délicatesse dans le déplacement, malgré la furie météorologique autour de moi, je m’approchais de la rive et je commençais à observer les flots, la surface démontée du lac, et le moindre signe d’activité. Malgré toutes les vagues quelquefois violentes, des creux de 50 à 70 centimètres sur un lac de montagne n’étant pas commun, je voyais clairement et régulièrement des chasses de surface endiablées. Elles étaient causées par de belles truites fario complètement concentrées sur les retombées de Zygaena sur la surface du lac.

Je prenais alors une grande inspiration, gonflant mes poumons à plein de cet air vivifiant de la haute montagne Pyrénéenne, en repensant à toute la longueur de ma quête démarrée il y avait plus d’un an.

Je fouettais dans le vent et la pluie, ma canne maladroite sifflant au travers des gouttes et des grêlons. Ma ligne était malmenée par le vent et cependant, je faisais mon possible pour garder le contrôle. Je posais mon imitation à quelques mètres du bord, fouettant latéralement à la rive sur ma gauche. Il ne fallut pas plus que quelques secondes pour qu’une truite fario vorace s’attaque furieusement à mon imitation, provoquant immédiatement une tirade violente sur la ligne sans aucune nécessitée pour moi de ferrer le poisson, c’était chose déjà faite. Le poisson filait à vitesse grand V vers le centre du lac. C’était véritablement une sensation incroyable ! Quelle satisfaction et sentiment d’achèvement ! L’émotion et l’adrénaline m’envahissaient tout entier, mon corps et mon cœur étaient liquides, unifiés tout en un, une explosion émotionnelle alors que je tentais de brider ce poisson magnifique qui partait au large.

La journée se déroula comme elle avait commencée, d’émerveillement en émerveillement. Chaque lancer était une surprise tant les truites étaient incroyablement affamées et bloquées sur ces imitations de Zygènes. Cela devenait gênant car c’était comme gagner la tombola à chaque tirage. Des poissons plus beaux les uns que les autres, ma pointe en 18/100 avec le gros temps et les vagues ne dérangeait personne… j’étais même obligé de refaire ma pointe après une dizaine de poissons malgré le 18/100, car les attaques répétées et les manqués étaient légions, et il valait mieux assurer quand même. Je devais également changer d’imitation assez régulièrement. Soit parce qu’il fallait qu’elles sèchent correctement, soit parce qu’elles avaient été partiellement détruites ou passablement endommagées, au point de ne plus être valables pour pêcher. 

Lorsque je repense à cette journée d’anthologie, je ressens un mélange d’émotions, celle de l’excitation du moment, celle de la montée d’adrénaline, mais également le sentiment profond d’avoir été invité par la Nature à vivre un moment unique. Un moment de communion intense et difficilement explicable. L’un de ces moments où durant votre quête de perfection dans votre recherche de la pêche à la mouche parfaite, les points se relient les uns aux autres, et tout d’un coup cela donne un sens à votre quête. Vous avez finalement la sensation d’être arrivé, d’avoir une satisfaction ultime d’achèvement ,comme celle d’avoir finalement trouvé le Graal.

Fabiann Francès

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