La truite fario – Salmo trutta fario

Reine incontestée des eaux vives, fraîches et bien oxygénées des torrents, rivières et lacs de montagne et de piémont, c’est le salmonidé le plus répandu dans nos cours d’eau. Son corps fuselé, propulsé par de puissantes nageoires, lui permet de vivre dans les eaux tumultueuses. Sa robe tachetée et ornée de points lui confère un mimétisme exceptionnel qui la soustrait au regard de ses prédateurs. Poisson vorace, elle supporte très mal la concurrence. On peut ainsi observer une hiérarchisation des populations, les plus gros spécimens ayant toujours la position la plus favorable sur un secteur, chassant tous les intrus qui osent s’aventurer sur leurs postes. Parfaitement adaptée au milieu turbulent des eaux vives, elle possède de nombreux atouts qui lui permettent de s’y développer et s’y reproduire. Son excellente vue tout d’abord. Alors que l’homme perçoit quatorze images par seconde, la truite à la capacité d’en observer plus de cinquante. Cette faculté lui permet de voir défiler au ralenti l’eau, ainsi que les proies qu’elle transporte. Alors que nous pensons qu’elle n’aura jamais le temps de voir une artificielle qui passe à grande vitesse devant elle, ce salmonidé, comme les autres par ailleurs, à tout le temps d’étudier précisément la mouche avant de s’en saisir.

Une truite fario vient de gober un insecte dérivant à la surface de l'eau
Une truite fario vient de gober un insecte dérivant à la surface de l’eau

Il m’est difficile de certifier qu’elle ne voit pas les couleurs. De toute évidence, ce poisson sait faire la différence entre deux teintes pratiquement identiques. Une chose à prendre en compte pour le pêcheur. Bien souvent, ce n’est pas la grosseur du nylon qui est en cause et qui stoppe le poisson, mais plutôt la coloration différente de l’artificielle comparée à celle de la proie naturelle du moment.
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En dehors de son excellente vue, la fario, comme la grande majorité des poissons, est pourvue d’une ligne latérale qui parcourt l’ensemble de son corps. Ce radar naturel lui permet d’interpréter toutes les vibrations transmises par l’eau qui l’entoure. Une proie qui se débat ou qui tombe sur l’eau, un pêcheur qui fait rouler un caillou dans l’eau ou sur la berge seront vite repérés. La truite fario est méfiante. Habituée à la typologie de son secteur, elle n’aura aucune difficulté à apercevoir une modification de son environnement proche. Cela se traduit par une fuite immédiate en direction de son refuge. Elle n’en sortira qu’une fois le danger éloigné. Lucifuge, la truite n’aime pas les lumières fortes et a tendance à rechercher les zones ombragées lorsque l’intensité lumineuse est trop intense. Vous constaterez par vous-même qu’un grand soleil face au courant n’est pas forcément favorable à une bonne partie de pêche.

La truite fario quitte son poste de repos pour se saisir d'un insecte dérive à la surface de l'eau
La truite fario quitte son poste de repos pour se saisir d’un insecte dérive à la surface de l’eau

Comme je viens de le dire, la truite fario a besoin d’un refuge où elle peut se dissimuler en cas d’agression. Dans les zones rapides ou tumultueuses, ce poste est généralement situé à proximité immédiate d’une veine d’eau qui transporte de nombreuses proies. Cet emplacement, où le poisson va se poster pour s’alimenter, lui permet d’y trouver un maximum de proies en consommant le minimum d’énergie. De ce fait, la truite se place très près des courants sans subir leurs effets directs. C’est donc à l’avant ou à l’amont d’obstacles qui réduisent la puissance de l’eau qu’elle va se poster pour chasser. Sur cette zone, elle pratique l’interception ou la poursuite de ses proies. En cas de réussite ou d’échec, elle revient à sa place initiale qu’elle quittera seulement lorsqu’elle sera repue ou dérangée.
Les postes de chasse sont différents en fonction de la période de l’année et des niveaux d’eau. En début d’année, les eaux sont très froides et la truite est affaiblie par une longue période de jeûne. Les proies sont rares. Le poisson minimise ses efforts. Il recherche les secteurs les moins turbulents. La zone proche des berges, les plats et les zones profondes sont des postes fréquentés. Au fur et à mesure que l’eau se réchauffe, les proies deviennent plus nombreuses et l’activité de la truite augmente.

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Ayant repris du poids et de la vigueur, elle s’aventure un peu plus dans les zones plus rapides. En été, pendant les périodes d’étiage, ce poisson à tendance à rechercher les zones plus oxygénées. La truite va se placer à l’amont des calmes ou à proximité de leur exutoire, là où le courant reprend en intensité. Elle apprécie également les rapides où quelques poches d’eaux calmes lui permettent de se maintenir à proximité d’une veine d’eau. Tout au long de l’année et de préférence le matin très tôt ou tard le soir, les belles truites n’hésitent pas à venir parcourir les gravières, sous quelques centimètres d’eau à la recherche de proies potentielles.

Après chacune de ses phases de nutrition, la truite va rejoindre les abords de sa cache pour s’y reposer à l’abri des effets des courants.

Dans les parties plus lentes, la cache peut être relativement éloignée des postes de chasse. Sur les grands plats ou les zones calmes, la truite va parfois se déplacer sur de grandes distances pour trouver sa nourriture. Sa méthode de chasse n’est plus d’attendre patiemment que le courant lui amène sa nourriture, mais une prospection active d’un tronçon du cours d’eau. Lors de ces déplacements, le poisson effectue un circuit qui lui permet de repasser plusieurs fois sur les mêmes zones. Au contraire des moments où elle est postée et placée près du fond où au ras d’un obstacle latéral et vertical, la truite fario chemine aussi bien en surface qu’à mi-eau ou sur le fond.

Dans les secteurs plus rapides, la truite fario apprécie la proximité de berges abruptes et creuses où les caches sont nombreuses. Elle aime se poster dans les zones où le courant est affaibli par la présence d’obstacles comme les arbres noyés, les gros blocs rocheux, les piles d’un pont ou une rupture de pente transversale importante. Au milieu des turbulences aquatiques, elle consomme peu d’énergie pour se maintenir sur la même place tout en ayant la possibilité d’observer une veine d’eau conductrice de nourriture.

Dans les lacs, comme dans les zones lentes des cours d’eau, la truite fario est obligée de se déplacer pour s’alimenter. Profitant de son excellent mimétisme, elle longe les berges lentement et à proximité du fond. Rapide et endurante, elle n’hésite pas à poursuivre sur plusieurs dizaines de mètres une proie qui s’enfuit. Lors des émergences d’insectes aquatiques ou pendant les retombées de terrestres, elle se déplace sous la surface à la recherche de ces proies. Sa forte dentition démontre que ce poisson est également un carnassier redoutable qui n’hésitera pas à se saisir d’un de ses congénères plus petits qui s’aventurerait devant son nez.

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