Pêche en sèche en réservoir

Pêche en sèche en réservoir

Des averses de neige printanières aux premières chaleurs estivales ainsi que de la fin de l’été jusqu’en plein hiver, il est pratiquement toujours possible de capturer quelques poissons en sèche dans les lacs ou les réservoirs. Quelques soient les conditions météorologiques aussi catastrophiques qu’elles puissent paraître, les artificielles de surface auront régulièrement leur mot à dire. Toutefois, avant de se mettre en action, le pêcheur devra pendre soin de bien observer le milieu afin de choisir la technique la plus appropriée aux conditions du moment. Comme bien souvent, c’est le vent et sa force qui vont permettre de déterminer ce choix. Pour être sur de mettre toutes les cartes de votre coté, je vais vous parler aujourd’hui des différentes solutions à votre disposition et qui peuvent vous aider à gagner ce pari par tous les temps.

Une masse d’eau complètement lisse en surface en l’absence de vent et un lac fortement agité par les vagues ne se pêchent pas de la même manière. L’équipement de base est déjà différent. Pour une surface calme je vous recommande d’utiliser la soie la plus fine possible, de 3 à 4. Lorsqu’il s’agit de lancer en plein vent sur une surface démontée, je vous conseille plutôt d’employer une ligne de 5 à 6. Dans le premier cas, la discrétion lors du poser et de la présentation doit être la plus silencieuse possible. L’effet “peau de tambour ” de la couche aquatique superficielle lors d’un impact avec un corps extérieur amplifie l’onde de choc de l’ensemble de la ligne au moment où celle-ci touche l’eau. Si cet effet est quelque fois positif en attirant le poisson sur la zone où la soie vient de se poser, il est bien souvent négatif et se traduit généralement par la fuite de l’animal. Par contre, en plein milieu des vagues, en particulier lorsque ces dernières sont très fortes, la discrétion lors des posers n’est pas vraiment de mise. Le choix d’une ligne plus grosse permettra déjà au pêcheur d’être plus à l’aise au moment du lancer dans le vent au milieu des rafales.

Sur un lac démonté

Par grand vent, la surface du plan d’eau est fortement agitée. Il est alors difficile, voir impossible de repérer les poissons actifs au milieu des vagues. Dans ces conditions, les truites auront, elles aussi, bien du mal à détecter les mouches présentes sur l’eau. Une animation franche et régulière de l’artificielle sera alors nécessaire pour augmenter les chances de captures. Si par eau calme le dragage d’une mouche en lac est souvent néfaste, il peut s’avérer très payant sur une surface démontée. Pour obtenir un rendement optimal, les lancers doivent couper le sens des vagues par le travers. Ceci va permettre d’obtenir un sillage important et visible de loin lors de l’animation. La soie et l’artificielle franchissent les vagues et les creux en oblique laissant derrière elles une traînée qui va alerter les poissons chassant à proximité. Pour ce genre d’exercice, la canne doit être suffisamment puissante pour lancer loin à travers le vent. Une fois sur l’eau, la ligne est ramenée rapidement et très régulièrement afin de faire draguer la mouche à vive allure. La coordination des tractions de la main et la remontée rapide du scion va permettre au pêcheur de réaliser un mouvement régulier et rapide car l’artificielle doit impérativement glisser sur l’eau sans temps morts. Dans ces conditions où l’on pêche l’eau, le moucheur va voir la truite au dernier moment. Poursuivant cette mouche qui file rapidement devant lui, le poisson va créer lui aussi, un sillage en surface derrière l’artificielle. Pas question à cet instant de ralentir ou d’arrêter le mouvement. L’arrêt du dragage entraîne souvent un refus. Si le poisson est déterminé, il va accélérer sa course et rejoindre rapidement l’artificielle pour s’en saisir. Le pêcheur doit alors poursuivre son action sur la ligne et laisser engamer avant de réagir. La truite lancée à grande vitesse va gober la mouche et aussitôt plonger en tendant la ligne. C’est seulement à cet instant que le moucheur devra ferrer. Si ce dernier tend sa ligne au moment du gobage, il risque fort de manquer le poisson dont la gueule grande ouverte est face à lui. En laissant le temps à la truite d’effectuer une bascule vers le fond, le pêcheur s’assure que le poisson a bien refermé ses mâchoires sur la mouche. Avec la combinaison d’un relevé de scion et la plongée rapide de la truite, le ferrage est assuré sans risque de décroché ou de casse. Inutile de ferrer fort car l’inertie de la soie au milieu des vagues permet également à l’hameçon de se planter correctement dans le palais.
Malgré une action de pêche se rapprochant plus de la pêche au streamer que celle de la sèche, le dragage des grosses mouches dans les vagues procure de vives émotions. La seule difficulté de cette méthode est de bien coordonner les mouvements verticaux de la canne et les tractions effectuées par la main qui tient la soie. Ces deux actions permettant de faire glisser avec une grande régularité la mouche sur l’eau. A la longue, cela peut devenir fatiguant car le pêcheur est toujours en mouvement.

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Pour ceux d’entre vous qui tiendrons le rythme, le succès est pratiquement assuré. Dans ces conditions extrêmes où bien des pêcheurs auront rangé leurs cannes, les truites vont être moins sensibles aux détails. Cette artificielle qui glisse rapidement sur l’eau ne pourra être examinée aussi bien qu’une mouche inerte sur une surface calme. Une fois la poursuite engagée, il est assez rare que le poisson refuse ce leurre fuyant. Les ratés proviennent essentiellement d’un ferrage trop précipité. Il est vrai qu’il n’est pas facile de continuer le dragage alors qu’un beau poisson vient de se saisir de la mouche avec grande vitesse. Mais il faut toujours prendre en compte qu’une belle truite va mettre beaucoup plus de temps à refermer ses mâchoires que ne le ferrait un poisson de taille plus modeste. Un ferrage retardé sera en toutes circonstances plus payant.

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Si le choix de la canne et de la soie utilisées sont important, le bas de ligne et les mouches doivent être appropriées à cette méthode si particulière.
Compte tenu des conditions météorologiques difficiles, il n’est pas souhaitable d’utiliser plusieurs mouches. Une seule artificielle est largement suffisante au milieu des bourrasques. L’emploi d’une ligne équipée de plusieurs artificielles risque fort de condamner le pêcheur à passer plus de temps à démêler son bas de ligne qu’à pêcher. Ce dernier doit être solide. Une pointe réalisée en 18 ou 20 centièmes est de rigueur. Inutile de faire dans la finesse d’autant plus que les mouches employées vont être relativement grosses (hameçons de 10 ou 12). De plus, les attaques vont se faire par l’arrière. Aucune chance que la truite perçoive le nylon lors des derniers instants qui précèdent l’attaque. Par conséquent, une pointe de fort diamètre est parfaitement appropriée à ce genre de technique où le vrillage du bas de ligne peut être important. Il n’est pas utile d’avoir un bas de ligne trop grand. Une longueur de canne est largement suffisante.

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Une belle truite retrouve sa liberté

Lors de l’utilisation de cette méthode, les meilleurs résultats sont obtenus avec le vent dans le dos. La ligne est lancée en oblique par rapport au sens des vagues puis ramenée contre le sens du vent. L’artificielle qui passe d’un creux à un sommet de vague par le travers, laisse derrière elle un sillage très attractif. Elle imite alors à la perfection les mouvements d’un insecte cherchant à quitter l’élément liquide dans lequel il est prisonnier. Le choix de la mouche est dicté par l’obtention d’une flottaison irréprochable. A ce jour, je n’ai pas trouvé mieux que les imitations de sedge en chevreuil du genre Goddart Sedge. Ces véritables bouchons peuvent lutter efficacement contre les effets nocifs combinés de l’animation effectuée par le pêcheur et l’action des grosses vagues sur la flottaison.

Sur un plan d’eau légèrement ridé

Tout est totalement différent lorsque le plan d’eau n’est que très légèrement venté ou complètement calme en surface. Pas question de faire draguer une grosse mouche dans ces circonstances. Ce stratagème serait vite éventé par les poissons. A l’opposé des conditions extrêmes de vent où le dragage de la ligne se fait dans les vagues, les rides formées par la soie qui glisse sur l’eau seraient vite perçues par les truites actives en surface. Même si quelques poissons se laissent prendre par la supercherie pendant quelques instants, la plupart vont suivre l’artificielle mais la refuser au dernier moment. Il sera alors nécessaire d’employer une autre stratégie plus discrète.

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Dans ces instants de temps plus clément, la surface du plan d’eau est à peine ridée. Il est alors beaucoup plus aisé de repérer les truites au milieu des vaguelettes. La meilleure solution est alors le jeu de l’interception. Dès que le pêcheur arrive à calculer la trajectoire que le poisson va logiquement emprunter, il doit essayer de couper celle-ci pour présenter sa mouche devant la truite qui continue sa progression. Ce n’est plus une pêche en aveugle mais une forme de technique par anticipation visuelle. Un poser précis et discret un mètre devant le dernier gobage aura toute les chances de faire remonter le poisson déjà vu en surface. Lorsqu’il s’agit de truites arc en ciel, ces dernières nagent souvent contre le vent qui joue un rôle de courant porteur de nourriture. Bien évidemment, les déplacements de ces salmonidés lacustres ne sont pas forcément rectilignes mais à un moment ou un autre, la trajectoire face au vent est reprise par les poissons actifs en surface. Ceci est plus particulièrement vrai lorsque le souffle aérien est régulier. Si le dragage rapide et régulier est déconseillé dans cette situation, il est parfois souhaitable d’animer très légèrement l’artificielle. Après avoir lancé devant une truite qui vient de gober et suivi d’un résultat négatif dans les secondes qui suivent, le pêcheur peut effectuer une petite traction sur sa ligne pour faire bouger sa mouche. Ce mouvement permet quelques fois d’attirer un poisson qui aurait dévié de sa trajectoire et n’aurait pas vu l’artificielle au milieu des vaguelettes. Pas question d’effectuer une grosse tirée, il faut simplement essayer de faire vibrer la mouche sur un ou deux centimètres seulement. Cette astuce permet également d’inciter une truite réticente devant cette artificielle qui lui paraît douteuse car trop inerte. Le revers de la médaille car il y en a un, c’est que cette légère animation peut faire fuir un poisson qui s’apprêtait à gober la mouche. Malgré tout, dans la plupart des cas, ce petit mouvement incitatif va souvent déclencher le réflexe d’attaque chez le salmonidé en train de rechercher sa nourriture à proximité de la surface.

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Lorsque le vent est régulier et peu puissant, le bas de ligne doit être affiné. Le diamètre de la pointe est réduit au 16 ou 14 centièmes voir 12 en cas d’utilisation de toutes petites imitations. Il doit être également rallongé car la discrétion est primordiale. Une longueur d’environ 3,50 à 4 mètres minimum est souhaitable. Pour ceux d’entre vous qui se sentent bons lanceurs, l’addition d’une deuxième mouche est un atout supplémentaire. Grâce à deux artificielles, la zone de pêche sera nettement plus grande et les chances de captures augmentées. Pour que ce montage soit réellement efficace, les deux imitations devront être distantes d’au moins un mètre. Si celles-ci sont trop proches l’une de l’autre, l’effet sera contraire et la majorité des truites passera à coté des mouches en les ignorant complètement. Par conséquent, il vaudra mieux utiliser une seule imitation pour ceux qui ne se sentent pas lancer correctement un grand bas de ligne car le risque d’emmêlement sera également plus important.

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La présence d’hirondelles qui volent au ras de l’eau doit vous alerter. Une émergence est en cours.

Sur un lac à la surface lisse

Je vais terminer par les conditions météorologiques qui me paraissent les plus difficiles à aborder. Un plan d’eau dont la surface est complètement lisse. Pas facile de duper les truites actives qui gobent dans ces eaux calmes. La moindre erreur au moment du poser sera synonyme d’échec. La précision du lancer devra être irréprochable car les poissons n’auront pas d’itinéraire régulier comme dans le vent. La priorité sera donnée à la vitesse d’exécution car les trajectoires des truites vont être irrégulières. Il est donc primordial de lancer vite et le plus discrètement possible dans la direction d’un gobage. Par contre, évitez dans ce genre de circonstances de relever une grande longueur de soie sur l’eau. Un poser brutal ou un arraché de la soie trop violent vont éloigner à coup sur les salmonidés se trouvant à proximité du pêcheur. Il sera plus prudent de ramener une grande partie de la ligne avant de relancer.

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Le poisson est repéré et la précision du poser doit faire la différence.

Pour obtenir un rendement optimal il vaudra mieux utiliser un bas de ligne équipé d’une seule mouche. Dans ces conditions, l’utilisation d’une soie fine, numéro 3 ou 4 sera également un gros avantage au niveau de la discrétion. Une ligne plus grosse risque fort de faire fuir de nombreux poissons au moment du poser. Le bas de ligne ne doit pas être trop long pour permettre un étalement rapide de la ligne sur l’eau. Il doit cependant suffisamment long pour être le plus discret possible. 3,50 mètres est un bon compromis entre la vitesse de poser et la délicatesse de ce dernier. Le dégraissage de la pointe ne sera pas superflu sur cette surface lisse comme un miroir où le nylon même s’il est très fin paraît énorme sur l’eau.

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Sur un lac lisse, la pêche devient plus difficile.

Une canne d’une longueur de 9 pieds est l’instrument idéal pour la pêche en sèche sur un plan d’eau calme. Pour la pêche dans le vent fort à l’aide d’une mouche draguée, il est préférable d’employer une canne de 10 pieds. Cela permet d’augmenter sensiblement le bras de levier nécessaire au dragage régulier en limitant un peu l’action de la main qui tire sur la soie.
Dernier point : La distance des lancers. Lors de la pêche draguée, les jets doivent être suffisamment longs pour permettre un dragage sur un distance importante. Par contre, par temps calme, il n’est pas indispensable et même déconseillé de chercher à atteindre des distances records. Le risque principal dans ce cas est de faire fuir un bon nombre de truites actives par des posers couvrant un large secteur autour de vous. Il faudra mieux attendre patiemment qu’un poisson se manifeste à proximité permettant ainsi d ‘ajuster facilement la cible sans risque de se faire repérer.

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Dans ces conditions, il est facile de déterminer la trajectoire du poisson et de l’anticiper.

Toutes ces options de pêche en sèche en réservoir ou en lac sont à la portée de tous les pêcheurs même des plus novices. L’essentiel est d’adapter ses matériels et sa tactique de pêche aux conditions météorologiques du moment. Dans tous les cas, ne cherchez pas à compliquer vos montages ni votre action de pêche, la simplicité est toujours la clé de la réussite.

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