Pêche à la mouche en lac pendant l’été

Certaines journées estivales demandent de tenir compte de facteurs essentiels pour espérer capturer un beau poisson. Au cours du déroulement de la journée, il sera impératif d’adapter parfaitement la technique de pêche avec l’heure et les conditions du moment. Pour être sûr de se poster précisément et bien choisir son mode de pêche, la connaissance du comportement des poisons est très certainement le meilleur des atouts.

En été, il y a des journées où la météo et les conditions de pêche restent identiques de l’aube au crépuscule. Ces moments, plutôt occasionnels, permettent de pêcher en sèche du matin au soir.  Pour peu que la température de l’eau du plan d’eau ne soit pas trop élevée, il ne devrait pas y avoir trop de problèmes pour faire monter quelques truites sur des imitations de surface. Mais, la plupart du temps dans de nombreux lacs, les influences néfastes du soleil vont peu à peu compliquer la situation.

Pour les amateurs de pêche en sèche, il va donc falloir se lever de bonne heure avant que la lumière solaire soit trop forte. La pêche doit commencer bien sûr à l’heure légale mais aussi débuter le plus tôt possible. Après quelques heures, les eaux de surface vont être complètement désertées par les salmonidés. Plus question d’espérer une capture en pêchant en sèche. Il faudra alors changer de méthode à moins de vouloir continuer de pêcher dans le vide carrément sidéral.

Les fondamentaux en été en lac

Tout d’abord, le soleil agit de plusieurs manières en influençant instantanément le comportement des poissons. En premier lieu, son action lumineuse qui va croître très rapidement tout au long de la journée, pour retomber, tard en fin de soirée. A l’aurore et à l’aube, la lumière solaire est faible mais sa puissance augmente rapidement. A partir du moment où les rayons lumineux touchent la surface du plan d’eau, les poissons vont avoir tendance à rechercher les secteurs ombragés ou plus profonds. Ils évitent ainsi cette intensité lumineuse trop importante pour leurs yeux sensibles. Ce phénomène de descente vers des eaux plus profondes est amplifié par la montée en température de la couche d’eau supérieure du lac. Préférant les eaux plus froides et plus oxygénées, les salmonidés vont  rejoindre une profondeur leur convenant mieux. En fonction de la vitesse et de la force de l’élévation de la température aquatique superficielle, les poissons vont plonger plus ou moins profondément.

C’est à ce moment qu’il sera nécessaire de changer de technique et surtout de soie. En cas de réchauffement brutal, il ne faudra pas hésiter à troquer très rapidement sa soie flottante contre une intermédiaire ou plongeante.
Quelques signes peuvent inciter le pêcheur à choisir le meilleur moment pour modifier sa tactique : la présence de gobages, relativement nombreux tôt le matin, est en train de décroître rapidement. Plusieurs variétés d’insectes divers se débattent dans le film aquatique superficiel et rien ne se produit. Cet arrêt ou cette absence d’activité de surface doit être Interprétée comme un signe. Bien avant que les gobages ne cessent totalement, le connaisseur lui, sera déjà en train de faire vivre sa ou ses nymphes.

Si la profondeur du plan d’eau est très importante avec des berges possédant quelques zones abruptes, la couche d’eau superficielle, trop chaude pour que les salmonidés s’y baladent, peu être mince. Souvent de un à quatre mètres d’épaisseur. Profondeur idéale pour faire évoluer un train de nymphes de chironomes ou une artificielle unique. Le choix de cette dernière étant déterminé par l’observation des proies ( imagos ou subimagos ) susceptibles d’être présentes à cet instant sur la surface du plan d’eau. Une soie intermédiaire sera alors un bon choix pour rester dans cette zone proche de la surface.

Si le réservoir ou lac possèdent des entrées d’eau, il sera bon d’observer ou prospecter ces zones. Un apport d’eau froide et bien oxygénée peut attirer plus d’un poisson. Si le cours d’eau est important, l’action du courant entrant dans le lac peut entraîner de nombreuses proies noyées sur certains postes précis. Malgré l’apparence calme de la surface, quelques truites peuvent certainement chasser dans les remous et tourbillons sous quelques mètres d’eau seulement. Dans le cas de rivières entrant avec force dans le plan d’eau, certains postes seront également favorables à l’utilisation de streamers, plus particulièrement à l’aube. Mais, dans la majorité des cas, l’eau qui entre dans le plan d’eau n’a que peu ou pas d’influence car elle n’est pas suffisante pour créer les situations dont je viens de vous parler.

TRUITE FARIO

Avec  une soie plongeante

Lorsque l’on utilise une soie intermédiaire ou plongeante, il est très important de compter le temps de descente de la ligne dans la colonne d’eau. Une estimation précise de la profondeur d’eau dans laquelle on vient d’avoir une touche est absolument indispensable. La plupart des poissons étant souvent concentrés dans une couche d’eau précise alors que la pellicule de surface et la zone plus profonde sont complètement désertés. J’ai souvenir d’une partie de pêche où il suffisait d’attendre 8 secondes pour avoir une touche violente sur la nymphe en train de descendre et arrivée à quatre mètres de fond sans aucune animation.

Le long des berges boisées ou profondes

Dans les secteurs où la végétation aquatique est importante, les arbres noyés nombreux ou possédant des zones rocheuses, il peut être bon de pêcher à l’aide streamers légers. Cette tactique convient bien à la prospection de long des berges. Elle peut se pratiquer aussi bien à pied qu’en barque.

TRUITE FARIO

En nymphe

Pour la pêche en nymphe, il peut y avoir plusieurs possibilités envisageables. La pêche à vue, en cherchant les quelques poissons en activité à deux ou trois mètres sous la surface. Si la clarté de l’eau n’est pas suffisante pour pouvoir pratiquer cette méthode, il vaut mieux opter pour une pêche en nymphe plus traditionnelle. Une fois la soie lancée, le rituel du décompte des secondes est mis en route. Il va permettre de prospecter très précisément toutes les couches d’eau. De la surface jusqu’au fond, la masse d’eau va être découpée méthodiquement. Au cours de cette manœuvre, la ou les nymphes vont être animées pour leur donner un peu plus de vie. Il ne faudra pas oublier de bien varier les vitesses de nage en jouant sur le tempo et l’amplitude des récupérations de la soie. Il sera également bon d’effectuer des arrêts prolongés pendant les animations. Un arrêt prolongé suivi d’une traction sèche sur la ligne est un excellent déclencheur d’attaque. Il se peut que, malgré tous les efforts entrepris par le pêcheur, les résultats soient toujours négatifs.

Insectes et luminosité forte

Comme les salmonidés, la majorité des insectes aquatiques modifient leurs comportements face à une intensité lumineuse trop forte. Ils vont ainsi ralentir ou stopper leur émergence. Ayant du mal à se hisser dans les eaux de surface trop chaudes pour s’alimenter avec les invertébrés terrestres tombés sur l’eau, ne trouvant que peu ou pas de nymphes en train d’effectuer leur ascension vers l’air libre, les poissons vont se tenir dans les profondeurs. Cette absence de proies naturelles conduit finalement les salmonidés vers un état semi léthargique. La seule chance de les inciter à se saisir d’une mouche artificielle sera de leur proposer un streamer. Ce dernier, grâce à ses effets attractifs, va provoquer le poisson en le tirant de sa réserve. L’utilisation de soies plongeantes de densité différentes va permettre de rechercher la bonne profondeur de pêche comme précédemment avec la pêche en nymphe. L’emploi de soies possédant des vitesses de plongée variées deviendra presque une obligation si l’on veut vraiment réussir. La faute généralement commise étant d’employer une soie peu rapide en immersion alors qu’il est préférable d’utiliser immédiatement une ligne extrêmement plongeante, de type S6 ou S7 surtout en pleine journée alors que l’air est très chaud et la lumière très vive. J’aime démarrer cette prospection par une action de pêche au ras du fond. Le bas de ligne peut être assez long et équipé d’un streamer plombé destiné à être ramené rapidement avec une animation saccade le faisant sautiller. La longueur du bas de ligne peut être réduite au minimum, environ 50 centimètres à 1 mètre dans le cas d’une pêche au booby. Je n’emploie cette méthode de pêche qu’après avoir essayé toutes les autres techniques dont je viens de vous parler précédemment. Il suffit de chercher un poste où la profondeur est identique à celle du fond moyen du plan d’eau. De préférence une zone dont la pente possède une déclivité importante. La soie est lancée tendue. Pendant toute la descente de la ligne, le contact avec la mouche doit être permanent. Les touchent peuvent intervenir au cours de l’immersion de l’artificielle entraînée rapidement vers le fond sous l’effet de la soie très plongeante reliée au bas ligne très court. Elles se produisent surtout lorsque le booby est inerte à quelques centimètres du fond. La soie guidée par le pêcheur est posée au sol. Aucune traction n’est faite sur la soie. Il suffira alors d’attendre quelques instants pour savoir si quelques beaux poissons ne déambulent pas dans ces parages. La masse d’eau n’étant jamais inerte, l’artificielle va être animée naturellement de petits mouvements ondulatoires. Aucune intervention du pêcheur ne sera alors nécessaire pour que la mouche soit attractive. En aucun cas il ne faudra détendre sa ligne pendant l’action de pêche. La concentration devra être rigoureuse sous peine de voir le poisson engamer profondément le leurre. Situation devenant vite délicate pour le pêcheur et plutôt difficile pour la truite. Les meilleurs moments pour réussir avec cette technique de pêche sont les plus chauds de la journée. Lorsque les rayons du soleil pénètrent profondément les eaux du réservoir. L’angle de la lumière est supérieur à 45°.

TRUITE FARIO

Le coup du soir

En fin de journée, les poissons moins dérangés par la luminosité qui baisse peu à peu remontent près de la surface. Évidement tout est question de température dans les diverses couches d’eau. Si les eaux superficielles sont inférieures à 18°Celsius, il y a de fortes chances que quelques poissons crèvent la surface pour se saisir de proies prisonnières du film aquatique. La canne équipée pour la pêche en sèche étant à portée de main, il sera facile de reprendre une action plus traditionnelle et plus captivante de pêche à la mouche. Comme au lever du jour, la recherche d’indices représentés par les différents insectes émergents ou tombés sur l’eau permettra de faire un grand pas vers la capture d’un beau poisson permettant de bien conclure cette journée estivale. Il faudra également tenir compte du comportement des truites à cet instant. Sortant rapidement de leur torpeur des heures chaudes, elles s’activent très rapidement après avoir rencontré une ou deux proies. Si une belle émergence se produit sur un poste précis, plusieurs dizaines de truites peuvent sillonner la zone sous un mètre d’eau en ayant les yeux fixés sur la surface. Il suffit alors que l’émergence d’insectes aquatiques se poursuive pour que les poissons deviennent quasiment frénétiques. On rencontre cette situation particulière lors de la présence sur l’eau de chironomes, trichoptères, caenis, coléoptères ou fourmis à la fin de l’été. Malgré l’état d’excitation apparent des truites, il ne sera pas forcément facile de capturer un poisson en surface toute les fois. Le choix d’une artificielle collant parfaitement à la situation en cours va permettre de concrétiser la réussite pêcheur.

Conclusion

La pêche à la mouche en lac pendant l’été peut difficilement se résumer à quelques cas de figures. L’altitude et l’exposition, la superficie, la profondeur moyenne du réservoir, son alimentation, la température de l’air, l’activité des insectes aquatiques et terrestres font que chaque situation de pêche est influencée par des facteurs aussi nombreux que délicats à faire concorder.
D’une journée à pêcher en sèche de l’aube au crépuscule à un jour où la surface du lac reste totalement lisse sans aucun espoir de gobage, les tactiques variées que nous permettent aujourd’hui la technicité de notre matériel doivent apporter une solution de repli pour celui qui n’a vraiment pas envie de rentrer chez lui. Même sans gobage et sans connaissances approfondies du comportement du poisson et des influences qui agissent sur son état général, il fait bon être au bord de l’eau. En barque ou sur la berge, les plaisirs de la nature reprennent le dessus, permettant ainsi d’oublier un instant ce monde moderne qui nous entoure et qui saccage lentement, mais implacablement notre jardin secret. Il ne nous reste plus qu’à faire en sorte que nos agissements personnels ne pèsent pas trop dans la balance afin que nous puissions longtemps pêcher à la mouche. Respect du poisson et son environnement étant les deux mamelles de l’éthique d’un pêcheur moderne. La seule bonne façon d’aborder cette dernière passant par l’intérêt pour la vie, quelque elle soit.

A bon entendeur …

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