Jean MEYA, un champion de pêche à la mouche

Aujourd’hui, j’ai grand plaisir à vous présenter le nouveau capitaine de l’équipe de France féminine de pêche à la mouche, Jean Meya.

Vice-champion du monde vétéran en 2017 et en 2018 en individuel , deux fois champion de France D2, champion de France vétéran en 2015 et en 2017 c’est un compétiteur de très haut niveau. C’est également quelqu’un de très modeste qui ne se vante pas de ses nombreux titres, que je vous invite à découvrir un peu plus aujourd’hui.

Jean MEYA

Salut Jean. Cela fait maintenant bientôt 30 ans que nous nous connaissons et pourtant, même en habitant dans le même village, nous n’avons jamais pêché ensemble mis à part l’année passée pendant une petite virée sur la Rotja. Peux-tu nous dire comment t’est venue cette passion pour la pêche ?

Déjà enfant, j’adorais aller au bord de la rivière pour voir où se plaçaient les poissons. Je trouvais cela passionnant. Je ne pêchais pas car mes parents n’avaient pas assez d’argent pour me payer une carte de pêche. Il faut dire que j’étais le sixième d’une fratrie de sept enfants.

Mon premier permis de pêche m’a été offert par un ami de la famille. J’avais 10 ans et je me souviens encore aujourd’hui qu’il avait coûté 100 francs. C’était beaucoup d’argent. Mon équipement se résumait à une canne mer avec un talon pointu en métal pour la planter dans le sable. Elle était en bambou avec un scion en fibre de verre. Dessus, j’avais un moulinet pour la pêche au toc. Je ne pouvais donc pas lancer loin avec ce matériel. J’ai donc employé une technique personnelle pour atteindre les poissons que j’avais repérés au cours de mes reconnaissances précédentes. Ma ligne était équipée d’un buldo et de trois mouches. Sachant où trouver les poissons, je déposais mon buldo en amont puis je laissais filer ma ligne vers l’aval en l’aidant de mes mains. C’était efficace. Déjà, à cette époque, j’avais remarqué qu’en avril, la mouche avec un corps rouge et un hackle noir était indispensable si je voulais faire une belle pêche.

Tu as pêché toutes les saisons suivantes ?

Non mais cela ne m’empêchait pas d’aller souvent au bord de la rivière. Avec l’arrivée de l’adolescence, j’ai été attiré comme d’autres garçons vers un autre centre d’interêt. Je ne suis revenu à la pêche que bien plus tard. J’avais alors 24 ans. En compagnie d’un copain qui débutait à la pêche, nous nous sommes mis à pêcher au toc. C’était pratique car il nous était facile de trouver des appâts naturels. Après avoir trouvé un travail pour obtenir mon indépendance et fondé une famille, j’ai décidé d’apprendre à pêcher à la mouche. À 28 ans, je me suis inscrit au club mouche de Perpignan.

Comment es-tu venu à la compétition ?

J’ai entendu parler d’un autre  club mouche dans lequel il y avait des compétiteurs, le GPS Conflent à Ille sur Têt et je m’y suis inscrit.

Pourquoi as-tu été attiré par la compétition ?

Je souhaitais avant tout découvrir d’autres rivières et lacs et perfectionner ma technique et cela, bien avant de me confronter aux autres pêcheurs.

Tu te souviens de ta première compétition ? C’était à quel endroit ? 

Sur l’Hers, en Ariège. J’ai terminé 15 ème sur 50. J’étais très content de mon résultat mais je n’étais pas satisfait de ma pêche. J’étais persuadé que j’aurais pû faire mieux sur ce parcours. L’année suivante, je suis tombé sur le parcours juste au-dessus. Le numéro 18. J’avais tiré le 17 l’année précédente, je m’en souviens encore. Il y avait beaucoup moins d’eau et au lieu de pêcher en sèche comme j’avais l’habitude de faire, j’ai décidé d’attaquer la manche du matin en noyée. Cela m’a permis de prendre trois poissons et de finir 5 ème au général. J’étais très fier de mon résultat et de ma nouvelle stratégie. Après deux années de compétition, j’ai décidé d’arrêter. J’ai souhaité devenir commissaire.

Pourquoi ce changement ?

Tout simplement pour continuer à apprendre. J’ai accompagné Christophe Ydre et j’ai pu être contrôleur de pêcheurs de haut niveau en division 1 tels que Brossuti, Garcia, Estublier et bien d’autres, ce qui m’a permis d’apprendre plus rapidement. C’est en côtoyant les champions mais également les moins expérimentés que l’on apprend. Il y a toujours quelque chose à voir ou à comprendre.

Après un très long arrêt, j’ai repris la compétition, à 46 ans. Il faut dire qu’un de mes amis, Jean-Marc Romulus a insisté et m’a finalement convaincu que j’avais encore le niveau pour ça. Quatre ans plus tard, j’étais champion de France D2. Ce résultat m’a permis d’accéder à la première division.

Une sacrée belle collection de trophées !

 

Je suppose qu’en tant que compétiteur, tu dois t’entraîner ?

Oui. Pendant la saison de pêche, j’essaye de pêcher tous les jours et durant deux à trois heures par sortie. Mais je t’avoue que c’est surtout par plaisir que je vais au bord de l’eau.

Quelle est ta technique favorite ?

C’est la pêche en sèche car j’ai débuté et pêché beaucoup comme ça. J’aime également la pêche en nymphe. Elle demande une très grande précision lors des posers. Ces derniers conditionnent la vitesse de la dérive, la profondeur et la présentation de la nymphe. C’est une pêche qui permet de découvrir pas mal de choses sur le comportement des truites ou des ombres.

En pleine action sur la Rotja l’été dernier.

Tu n’as jamais été attiré par la pêche d’autres poissons ?

J’ai un peu pêché le loup en mer mais je t’avoue que je n’ai pas assez de temps pour ça.

Et l’avenir de la pêche, tu le vois comment ?

Je pense que les conditions que j’ai pu connaître seront difficiles à retrouver.

Pourquoi ?

À cause de la qualité de l’eau, des débits qui ne sont plus les mêmes. Aujourd’hui, il n’y a plus de demi-mesure. C’est soit l’étiage avec des débits très faible, soit des crues énormes. Cela n’est pas bon pour les poissons et les insectes dont ils se nourrissent. Pour apprendre à pêcher en sèche, il faut des gobages et il y en a moins qu’avant.

Tu as constaté une diminution des populations d’insectes aquatiques ?

Oui. Les grosses émergences massives ont disparu. Il y a quelques décennies, la profusion d’éphémères m’obligeait à enlever mes lunettes et je devais pêcher la bouche fermée pour ne pas en avaler tellement il y en avait. C’était incroyable et il me tardait le lendemain pour attaquer les nombreux poissons que j’avais vus gober la veille et assister à nouveau à ce merveilleux spectacle.

Une de ses boîtes. C’est du sérieux !

Parle-moi donc maintenant de ton capitanat à la tête de l’équipe de France féminine de pêche à la mouche. C’est un nouveau défi ?

Oui c’est exactement ça. C’est également une nouvelle manière de transmettre mon expérience.

Tu as d’autres projets ?

Oui, je travaille avec d’autres à la préparation d’un futur championnat du monde qui rassemblera 35 nations. Il pourrait se dérouler en France en 2024 sur l’Ariège, l’Aude et la vallée de la Têt dans les Pyrénées-Orientales.

Une dernière question. Avec toute l’expérience que tu as accumulée que recherches-tu dans la pratique de la pêche aujourd’hui ?

Pour moi c’est tout d’abord le moyen de partager mes connaissances et mes émotions. J’aime pêcher seul mais également à deux car notre passion c’est aussi la convivialité. C’est un mode de vie.

Merci beaucoup Jean. Tous mes vœux de réussite avec l’équipe féminine qui a de la chance d’avoir un capitaine comme toi, expérimenté avec un aussi bel état d’esprit. Et à très bientôt au bord de l’eau.

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