la pêche en dérive en lac

Dans les lacs ayant une superficie suffisante et où il est possible de pêcher en barque, une technique s’avère très souvent redoutable tout au long de la saison et plus particulièrement lorsque les poissons sont actifs en surface : la pêche en dérive en lac et avec une mouche sèche.

Cette méthode qui s’apparente plus à la chasse qu’à la pêche est idéale pour traquer les salmonidés en lac lorsqu’ils s’alimentent à proximité de la surface. Pendant le printemps et l’automne, elle est de loin la plus productive et permet d’avoir un contact visuel avec les poissons que l’on pêche. Pour profiter pleinement des sensations énormes que procure cette méthode de pêche en lac, il est important d’avoir une bonne connaissance du comportement des truites en plan d’eau.

Face aux vagues

Dans un lac, il n’existe pas de courant régulier, unidirectionnel et permanent comme celui que l’on peut rencontrer dans un cours d’eau. Pourtant, l’action du vent cumulée aux brassages aquatiques printaniers et automnaux occasionne des mouvements relativement importants au sein de la masse d’eau et notamment sur la couche de surface qui peut être rapidement mise en mouvement par les rafales de vent. Dès que le plan d’eau se ride, les poissons actifs et plus particulièrement les truites arc-en-ciel, remontent l’axe du vent en quête de nourriture. Cette dernière est transportée dans la zone superficielle au gré du courant créé par le vent. En remontant à contre-courant, les truites couvrent une grande superficie en profitant de l’apport providentiel de ce flot porteur de nourriture. Si l’orientation du vent vient à changer, après quelques minutes, les poissons vont modifier leur progression se diriger face aux nouvelles vagues. La connaissance de ce comportement alimentaire permet ainsi d’ajuster parfaitement la technique de pêche, de choisir les bons postes mais aussi d’être très réactif lors d’un changement de situation météorologique.

Bien aborder un plan d’eau

La méthode à employer avant d’entamer l’action de pêche est toujours la même. Il faut définir les meilleurs postes de pêche et l’examen de certaines zones va aider le pêcheur en cela.

La première zone à observer est le secteur sous le vent. C’est-à-dire la portion calme du lac dont la surface n’est pas ou est peu influencée par l’effet du vent. Si aucune activité de surface n’est visible sue ce secteur qui peut être plus ou moins grand en fonction de l’intensité du vent, il faut poursuivre la prospection ailleurs.

Un poisson actif
Un poisson actif à la limite entre le calme et les premières vagues

Entre cette zone calme et celle où les vagues sont les plus importantes, il y a toujours une limite où les vaguelettes commencent à se former. C’est un point stratégique qu’il convient d’observer avec la plus grande attention. Ce secteur très légèrement ridé est très souvent fréquenté par les rares poissons actifs. S’il y a de l’activité en surface sur le plan d’eau, c’est au milieu de ces premières rides que l’on pourra distinguer des marsouinages ou des gobages plus francs. Ceci est encore plus vrai en début et en fin de saison lorsque l’eau est froide et que les émergences sont rares ou peu importantes.

Au départ d'une dérive
Au départ d’une dérive. Dans les zones calmes, les truites ont tendance à avoir un comportement erratique. Dans la zone où les premières vaguelettes se forment, elles parcourent cette ligne naturelle. Dans les secteurs plus agités, les poissons cheminent en remontant les vagues, face au vent.

 

Plus tard dans la saison, lorsque l‘eau se réchauffe, les poissons peuvent se tenir dans les vagues les plus grosses et au large. Généralement, les émergences et plus particulièrement celles de chironomes venant des profondeurs du lac, se produisent en pleine eau. C’est ainsi que l’activité de surface peut parfois s’étendre à l’ensemble du plan d’eau ou à une grande partie de celui-ci. C’est dans ce genre de situation que vous allez pouvoir exploiter le potentiel de la pêche en dérive.

Placer correctement son embarcation

Dès que le pêcheur va observer quelques poissons actifs sur une zone, il devra positionner sa barque pour qu’elle puisse dériver doucement en direction de ceux-ci.
Il est inutile de vouloir s’approcher trop près. Cela s’avère souvent néfaste. Des poissons, habitués aux embarcations et aux moteurs électriques qui les équipent, ont vite fait de se déplacer un peu plus loin lorsqu’ils sentent ce danger potentiel approcher. A nouveau à distance respectable du pêcheur, ils vont reprendre leur quête nourricière au milieu des vagues. L’idéal est donc de diriger sa barque perpendiculairement au vent de manière à ce qu’elle soit ensuite portée doucement par celui-ci en direction des gobages observés préalablement.

Un accessoire de choix : l’ancre flottante

C’est un accessoire extrêmement utile. Son fonctionnement est identique à celui d’un parachute. Tracté par la barque portée par le vent et le courant, il se gonfle en se remplissant d’eau. Son utilité première est de ralentir considérablement la dérive. Ceci permet de pêcher plus longtemps une zone où les poissons sont actifs. L’ancre flottante va aussi maintenir l’embarcation dans un axe perpendiculaire au sens du vent. Ceci est très avantageux car la plupart des lancers seront effectués vent dans le dos.
Cet accessoire n’est pas forcément indispensable. Si l’activité de surface est faible, il sera préférable de se passer du « parachute ». Cela permettra de couvrir beaucoup plus de distance en effectuant une dérive plus rapide. Par contre, dès que le moucheur aura repéré un gobage ou la présence de plusieurs poissons, il lui faudra installer immédiatement son ancre flottante pour rester le plus longtemps possible dans cette zone d’activité.
A chaque fin de dérive, il faudra remonter le vent, en évitant de passer sur la zone que l’on désire prospecter au cours de la descente suivante.

Vous souhaitez pêcher la même zone ?
Vous souhaitez pêcher la même zone ?  Un détour vous permettra de ne pas déranger les poissons actifs sur la prochaine zone que vous allez pêcher..

Il ne faut pas hésiter à dépasser le meilleur secteur pour mettre en place le « parachute », lui laisser le temps de se gonfler et de stabiliser la barque. Ce petit temps mort vous permettra également de bien préparer votre ligne pour être sur d’être prêt au bon moment avant d’atteindre la zone de pêche.

L’action de pêche

La pêche en dérive est une technique qui demande une concentration de tous les instants car l’observation méticuleuse de la surface s’avère indispensable. L’exploitation des plus petits indices doit permettre au pêcheur de repérer les poissons actifs aux abords de son embarcation. Lorsqu’un poisson vient s’alimenter en surface, il peut créer des ondes ou laisser apparaître furtivement une partie de son corps hors de l’eau (tête, dorsale, caudale). Si le moucheur est observateur, ceci va lui permettre non seulement de repérer la truite mais également d’estimer sa trajectoire. Lorsque l’on sait que les mouches que l’on va poser vont se trouver sur l’itinéraire d’un poisson actif, c’est déjà un énorme avantage.

La perception d'un ou plusieurs gobages successifs permet d'évaluer la trajectoire d'un poisson et sa vitesse d'évolution. Le pêcheur doit absolument éviter de lancer sur le gobage qui vient de se produire. La bonne tactique est de poser sa ligne entre le gobage repéré et la barque.
La perception d’un ou plusieurs gobages successifs permet d’évaluer la trajectoire d’un poisson et sa vitesse d’évolution. Le pêcheur doit absolument éviter de lancer sur le gobage qui vient de se produire. La bonne tactique est de poser sa ligne entre le gobage repéré et la barque.

Si le fait de bien observer est important, la vitesse d’exécution des lancers est primordiale. Compte tenu de la mobilité des poissons, il est nécessaire de pouvoir atteindre la proximité d’un gobage en deux ou trois faux lancers maximum. Ceci aussi bien à deux qu’à vingt mètres ou plus.

Contrairement à ce que la plupart des pêcheurs pensent, il n’est pas forcément utile de lancer systématiquement à grande distance pour augmenter ses chances de succès. Les jets longs ne doivent être utilisés que pour atteindre un poisson qui à été repéré au préalable.
Le fait de lancer très loin en permanence fini par nuire au pêcheur. Il ne faut pas oublier qu’à chaque fois que la soie touche l’eau, elle peut provoquer la fuite ou le décalage de poissons en train de remonter le vent. Il est donc préférable de pêcher plus court pour se donner la possibilité de raccourcir ou d’allonger très rapidement sa ligne. A cet effet, le moucheur doit étendre une partie de sa soie sur l’eau devant lui. S’il utilise une soie décentrée (WF), seul le fuseau décalé doit être sur l’eau, le reste de la ligne étant lové aux pieds du pêcheur dans l’embarcation. En cas d’absence de manifestations en surface, la distance de pêche est d’environ une dizaine de mètres. Cette longueur de soie permet d’allonger très rapidement la ligne, mais surtout de raccourcir celle-ci très vite en cas de gobage proche. Si l’imitation se trouve à environ une douzaine de mètres, c’est amplement suffisant pour être discret vis à vis des poissons se trouvant dans les parages.
Si le moucheur n’est pas sur de sa technique de lancer et qu’il repère un poisson loin devant lui, il doit attendre que celui-ci se rapproche pour pouvoir lui présenter son imitation correctement quelques secondes plus tard. Dans la plupart des cas, la truite va continuer à remonter l’axe du vent pour se mettre toute seule à distance de pêche. Bien évidemment, les poissons n’ont pas forcément une trajectoire parfaitement linéaire. Les crochets sont nombreux et le moucheur doit s’attendre à relancer très vite dans un axe différent. Après chaque tentative infructueuse, il faut replacer sa soie dans l’axe de la dérive pour se préparer à intercepter les autres poissons qui remontent le vent.
L’erreur à ne pas faire est de poser sa ligne au-delà du gobage. Comme la majeure partie des lancers est effectuée avec le vent dans le dos, il est facile de commettre cette faute qui provoque immédiatement la fuite ou le décalage du poisson.
La recette la plus payante consiste à poser sa mouche entre le gobage et la barque. Logiquement, la truite doit fini par apercevoir cette imitation au cours de sa progression en direction de l’embarcation. A cet instant, le moucheur doit être prêt à ferrer, mais il doit aussi se préparer à relancer pour couper à nouveau la trajectoire du poisson qu’il est en train de pêcher. Souvent, entre l’instant où le pêcheur voit le gobage et le moment où sa mouche tombe sur l’eau, le poisson s’est déplacé. La décision se fait souvent grâce à la bonne « lecture » du gobage. Un moucheur expérimenté aura toutes les chances d’évaluer correctement la trajectoire et la vitesse du poisson. En relançant sa mouche rapidement sur l’itinéraire de la truite, et si l’imitation est efficace, il aura toutes les chances de tromper son adversaire.

Un petit mot sur l’équipement de base : Une canne de 9 ou 10 pieds pour soie de 5 convient parfaitement. Son action doit être relativement rapide pour augmenter la vitesse d’exécution des faux lancers. Une soie WF 5 suffit amplement puisque la distance moyenne de pêche sera inférieure à 15 mètres.
En ayant l’avantage de pêcher avec le vent dans le dos en permanence, le bas de ligne peut être long. Pour ceux qui maîtrise parfaitement les lancers, l’utilisation de deux mouches augmente considérablement les chances de succès. Une seule contrainte : une distance d’au moins 1 mètre entre les deux imitations. Pour les habitués des emmêlements, il vaut mieux pêcher efficace avec une seule mouche.
Le diamètre de la pointe est en général, en 16 centièmes dans les vagues fortes avec une grosse mouche (H. N° 10 – 12), en 14 centièmes dans les vaguelettes, en 12 centièmes lorsque la surface du plan d’eau est lisse. Le 10 centièmes n’étant réservé que pour l’utilisation de toutes petites imitations (H. N° 20 – 22).

Les couloirs de vent

Au cours de la journée, l’orientation du vent peut très légèrement se modifier sur une zone du lac. Ce changement peut provoquer des couloirs de vent. Ces poches d’eau plus calmes en surface rassemblent très souvent tout un tas d’éléments organiques qui dérivent. Feuilles, branches et bien sûr de nombreuses proies pour les poissons. Ces derniers parcourent ces couloirs en les remontant face au vent. Le pêcheur pourra profiter de cette aubaine et porter une attention toute particulière à cette zone parfois très riche en truites actives. Le relief bordant le lac peut également créer des couloirs de vent.

couloir
En présence d’un couloir de vent, la dérive peut s’effectuer à l’intérieur ou en bordure de couloir. Évitez tout de même de passer à l’intérieur du couloir avec votre barque car cette action pourrait le faire disparaitre.
Au centre
Au centre de l’image, on peut distinguer une mince bande de calme au milieu des vagues: un couloir de vent.

Pour finir, je vous livre une astuce qui vaut vraiment son pesant d’or et plus particulièrement lorsque la lumière est mauvaise ou au milieu de vagues fortes. Si vous vous donnez la peine de bien écouter, vous entendrez sûrement le petit « tic » sonore très caractéristique de l’arc-en-ciel en train de gober. Ce petit truc permet de définir et inspecter visuellement une zone précise en se tenant prêt à lancer sur ce secteur en cas de nouveau gobage.
Si vous avez un jour l’occasion de pratiquer cette technique avec un moucheur la maîtrisant parfaitement, vous vous rendrez compte à quel point l’observation, l’anticipation et la précision peuvent changer le résultat de la pêche.

 

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