Ouverture 2016 de la pêche de la truite – La suite.

Ouverture 2016 de la pêche de la truite – La suite.

Après les très nombreuses réactions qu’ont pu susciter mon petit “coup de gueule” à la suite d’un reportage de France 3 sur l’ouverture de la pêche de la truite 2016, je tenais à répondre à quelques commentaires.

Tout d’abord, je souligne que, même si je suis un ardent défenseur de la nature et des milieux aquatiques, je ne suis pas un extrémiste du no-kill. Pour moi, il y a une très grande différence entre un prélèvement raisonné et la remise à l’eau systématique de toutes ces captures. Je comprends tout à fait les pêcheurs qui conservent quelques poissons à la suite de leurs parties de pêche dans la mesure où ceci est effectué dans la limite du raisonnable. Par contre, les paniers remplis à ras bord ou l’étalage de poissons jetés à même le sol pour prouver que l’on est soi-disant un grand pêcheur, ne me font plus rire depuis longtemps.

Si de plus en plus de pêcheurs ont envie de relâcher leurs prises, l’envie de se montrer sur les réseaux sociaux en filmant ou en prenant en photo tous les poissons que l’on capture est à mon avis néfaste. Si le poisson n’est qu’un prétexte pour flatter son ego ou pour démontrer aux autres pêcheurs que l’on est un “champion”, c’est une dérive presque aussi dangereuse que celle qui consiste à tuer tout ce que l’on peut capturer. J’aime la photographie que je pratique depuis bien longtemps et je sais parfaitement qu’il est très difficile de réaliser un beau cliché d’un poisson que l’on vient de prendre. Il faut faire vite, très vite. Chaque seconde passée hors de l’eau est une atteinte à la survie du poisson. Ce n’est pas parce qu’il vous semble que votre prise, après avoir été maintenue sous l’eau, repart doucement et naturellement dans son milieu, qu’elle va se remettre sans aucun préjudice de ces instants où vous l’avez manipulée hors de l’eau. Le combat qui a précédé sa mise à l’épuisette ou son échouage, ce dernier procédé étant absolument à proscrire, l’a déjà mise dans un état physique altéré. Ceci est encore plus accentué en début de saison lorsque les poissons, fragilisés par la période de ponte et la pauvreté des eaux froides, ont peu de réserves et une condition physique affaiblie. Prendre des photos, oui. Éviter les photos systématiques, c’est mieux.

J’en profite également pour souligner cette mode ridicule qui consiste à avancer son poisson le plus près de l’objectif et si possible un grand angle pour le rendre le plus gros possible. Je trouve ça complètement débile d’autant plus que la dimension des écailles ou celle des pouces du pêcheur qui apparaissent sous le poisson, donne une idée précise de la taille réelle de la capture. C’est vrai, je le reconnais volontiers, certains clichés de ce type permettent de mettre en valeur la beauté de la robe du poisson et c’est parfois l’objectif recherché mais ce n’est pas toujours le cas. La plupart du temps, c’est encore une fois une flatterie de l’ego qui est le but premier de la photo. De grâce, évitez donc la surmultiplication des photos de poissons. Il y a bien d’autres choses à présenter à ceux qui n’ont pas la joie d’aller au bord de l’eau. Un joli paysage, une plage de galets, une falaise abrupte bordant un torrent, un grand plateau calme ou un rapide aux veines d’eau surpuissantes, une action de lancer, des insectes ou d’autres habitants des berges … Personnellement, je rêve bien plus à la vue d’un bel endroit illuminé par une lumière particulière que devant un poisson fièrement exhibé en sachant que celui-ci aura peut-être eu beaucoup de mal à survivre aux atteintes qu’il vient de subir pour l’obtention d’un cliché à la mode.

Ceci étant dit, j’aborde un autre point qui me paraît important. Certains commentaires ont fait état de poissons de grandes tailles devenus cannibales et qu’il fallait absolument éliminer. Croyez-vous que la nature ait besoin de l’intervention humaine pour se réguler ? Permettez-moi d’en douter et de penser plutôt le contraire. Si une truite arrive à mesurer plus de 70 centimètres en rivière, c’est que le milieu dans lequel elle vit lui permet d’évoluer sans problème jusqu’à cette taille. Le cannibalisme  n’est pas une exclusivité réservée aux grosses truites. Il existe chez les salmonidés juvéniles et quelques centimètres de différence entre deux poissons, risquent bien de condamner le plus petit d’entre eux qui finira naturellement dans l’estomac du plus gros si l’opportunité se présente. Je veux bien croire qu’un très gros poisson, maître incontesté d’un gros trou, puisse faire des dégâts auprès de ses congénères mais après tout, n’est-ce pas la dure loi et la volonté de la nature ?

C’est exactement la même chose pour les truites de remise et plus particulièrement les arc-en-ciel, considérées par certains comme des prédateurs qu’il faut éliminer sans aucune pitié. Pourquoi donc ? La truite fario autochtone n’est t-elle pas un prédateur ? Le vairon, le goujon et bien d’autres ne le sont-ils pas aussi ? J’ai eu plusieurs fois l’occasion de pêcher des rivières sauvages où fario et arc-en-ciel cohabitaient sans aucun problème. Ces deux salmonidés n’ont pas vraiment les mêmes postes et ils peuvent aisément cohabiter sur une portion identique de rivière. Pour ceux d’entre vous qui considèrent la truite arc-en-ciel comme un poisson à mettre au rebut, je vous recommande d’aller faire un tour sur des parcours où ce splendide poisson est présent naturellement ou sur une zone sur laquelle il a pu passer une ou deux années. Mais attention, vous risqueriez de ne pas vous en remettre, vous ou votre bas de ligne.

Je suis conscient que l’esprit des pêcheurs d’aujourd’hui est loin d’atteindre une éthique merveilleuse. Je crois que la pêche de loisir moderne doit passer par une pratique à deux vitesses. L’instauration de parcours no-kill ou à prélèvements restreints mais également des zones où les prélèvements plus importants sont autorisés. Il me paraît indispensable de préserver les milieux encore sauvages et ceci passe par l’aménagement de zones plus approchables où la pêche “kermesse” est autorisée et sur lesquelles les pêcheurs avides de captures trouveront tout le bonheur et le plaisir qu’ils souhaitent. Il me paraît aussi très important de favoriser un accès facile aux jeunes et aux personnes à mobilité réduite à certains parcours même si je sais que ce n’est pas toujours possible compte-tenu du réseau hydrographique.

Je pense également que les Fédérations de pêche  doivent intervenir auprès des médias, ce qui est sans doute le cas, afin que les reportages réalisés lors de l’ouverture de la pêche montrent aussi une autre image auprès du grand public que celle qui est actuellement la plus véhiculée lors de cet événement, la pêche “panier”, pratique dont je ne me reconnaitrai jamais.

Un éternel amoureux du bord de l’eau.

Si toutefois vous aviez les mêmes idéaux que moi, vos partages seront les bienvenus et vous contribuerez vous aussi à faire évoluer les mentalités et la pêche plaisir. Merci d’avance.

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