Jean-Louis Poirot, un pêcheur d’exception

Les jeunes générations de pêcheurs à la mouche n’ont peut-être jamais entendu parler de lui car il nous a quittés en octobre 2006. Aujourd’hui, je rends hommage à Jean-Louis Poirot, un pêcheur d’exception.

Jean-Louis Poirot

Jean-Louis est né en 1932 dans les Vosges. Après s’être engagé dans la marine, il tient pendant quelques temps un banc d’écailler à Paris. En parcourant la France, il découvre un jour la Lozère et  tombe amoureux de cette région qu’il ne quittera plus. C’est également à cette occasion qu’il découvre la pêche à la mouche. Il observe les “vieilles mains” qui montent des mouches en fixant l’hameçon par l’œillet. A cette époque, les étaux modernes qui pincent les hameçons au niveau de la pointe,  n’existent pas. Il se fait réaliser un étau de ce genre et commence à monter ses propres imitations car celles qu’il arrive à trouver dans le commerce ne lui conviennent pas.

etau mouche Jean-Louis Poirot
Il fallait être un artiste pour réaliser des mouches avec un tel objet. Si vous n’en êtes pas convaincu, essayez de fixer votre hameçon par l’œillet sur votre étau.

Très rapidement, en s’apercevant qu’il est capable de capturer de nombreux poissons, il décide d’en faire son métier. Il vend donc ses truites pour faire vivre sa famille. A l’époque, on ne se posait pas la question de l’avenir des poissons. Ils étaient très nombreux et les pêcheurs étaient rares au bord de l’eau. C’est ainsi que Jean-Louis a battu de long en large la Colagne et surtout le Lot où il s’installa définitivement au niveau des Ajustons entre Marvejols et La Canourgue.

Jean-Louis Poirot

Autodidacte et observateur, il comprit très rapidement qu’une seule imitation ne lui permettrait pas de remplir le panier tout au long de l’année. C’est ainsi que grâce à ses talents de remarquable monteur de mouche, il se constitua rapidement une solide collection qu’il finit par commercialiser. En 1979, ce sont plus de 200 modèles référencés qui sont ainsi proposés aux pêcheurs et qu’il réalise seul. Afin d’avoir des plumes d’une grande qualité, il élève ses propres coqs de pêche qu’il sélectionne avec soin.

mouches Jean-Louis Poirot

En 1980, il rédige des articles pour La Pêche et les Poissons et participe à un épisode d’Histoires Naturelles qui fait accroître sa notoriété. Il fait surtout des émules et sa technique de pêche rapide des postes, à courte distance et uniquement en lancer revers force l’admiration et déclenche des vocations. Pourquoi pêcher en revers ? Jean-Louis recherchait l’efficacité avant tout. Il ne fallait pas bricoler et rêvasser au bord de l’eau car ses ouailles avant faim et la vie était très dure. Aucun pêcheur n’était gaucher et les droitiers ne pratiquaient pas la pêche en revers. Une berge pour lui seul ! Quel mariole !

En dehors de ses qualités de pêcheur et de celles de monteur, c’était un homme très attachant. Vif d’esprit et très direct. Lorsqu’il jugeait qu’un type était un con, il ne trainait pas pour le lui dire. Au moins, cela avait le mérite d’être clair. C’était également un formidable compagnon, pas facile à vivre tous les jours mais ses talents de conteur d’histoires, parfois totalement invraisemblables, forçaient l’admiration.

jean-louis

Aimant la nature et ses trésors, il adorait courir les bois à la recherche de champignons ou de bécasses. Il était également un bon vivant, appréciant la bonne chair et les apéros pendant lesquels il valait mieux faire attention, sous peine de rouler rapidement sous la table alors qu’il était capable de vous monter une quatre ailes sur un hameçon numéro 26 à la perfection.

Je n’oublierai jamais ces parties de rire incroyables où il captait l’auditoire en ayant toujours une histoire abracadabrante dont il avait le secret. Nul doute qu’il a pas eu de peine à forcer l’admiration de tous ceux qui ont eu la chance (sauf les cons) de croiser sa route.

Voilà, c’était ça Jean-Louis, un surdoué de la pêche à la mouche, un passionné qui n’avait pas sa langue dans la poche. Bien sûr, je vois déjà certains le critiquer mais on ne peut pas plaire à tout le monde. Vous allez me dire, il a “cassé” des truites par milliers, c’est un viandard. C’est vrai mais il prônait dans les dernières années de sa vie, la pêche raisonnable et il était conscient que la pêche moderne devait en passer par là pour perdurer.  Si le fait de capturer une truite ne lui apportait pas vraiment un immense plaisir comme celui que peut avoir un pêcheur débutant ou en phase d’apprentissage, il éprouvait une très grande satisfaction à trouver la mouche exacte, celle que le poisson ne peut absolument pas refuser. Il disait :  “Je pense sincèrement que les prises de poissons le jour où tout le monde en prend n’apportent pas une grande joie, alors que lorsque la pêche est difficile, un petit nombre de prises peut rendre vraiment heureux, sachant que l’on a trouvé la mouche exacte.”.

Aujourd’hui, lorsque je passe sur A75 au-dessus des Ajustons, je pense à ce merveilleux bonhomme qui me faisait rêver à chaque fois que j’avais la chance de passer le voir car il était brut de pomme c’est certain mais il était aussi généreux, jamais avare de conseils et d’une merveilleuse compagnie même si sa manie de dormir avec la télévision avec le son à fond et allumée toute la nuit m’ont fait passer quelques nuits blanches.

Il est clair qu’à ce jour, le Bon Dieu, s’il a envie de manger des truites, avec toi, sera rapidement rassasié.

Jean-Louis, mon ami, je t’aimais beaucoup.

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